Actualité « X-Files ». Un service du Cnes mène l'enquête sur les Ovnis, à Toulouse

Au Centre national d'études spatiales de Toulouse, le Geipan enquête sur les témoignages de phénomènes aérospatiaux non identifiés. Plongée dans les « X-Files » français.

Publié le : 17/10/2015 à 09:21
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Le Geipan, du Centre national d'études spatiales enquête sur les témoignages de phénomènes aérospatiaux non identifiés, à Toulouse. (Photo : crédit X-Files IMDb)

La vérité n’est pas ailleurs. Elle est ici, à Toulouse, au Centre national d’études spatiales (Cnes). Avec son équipe du Groupe d’Etudes et d’Informations sur les Phénomènes Aérospatiaux Non Identifiés (Geipan), Xavier Passot recueille les témoignages de personnes qui ont assisté à des manifestations de phénomènes aérospatiaux non identifiés, les PAN, communément appelés Ovnis (Objets Volants Non Identifiés). Créé en 1977, ce « service » est unique en France.

Les PAN sont le terme générique qu’il vaut mieux employer, plutôt qu’Ovni ou UFO, le terme anglais, explique Xavier Passot, responsable du Geipan. Dans la plupart des cas, les observations décrivent un phénomène connu ou inconnu, généralement lumineux mais sans preuve de la présence d’un objet matérialisé.

Des enquêtes poussées

Le Geipan est une équipe de quatre personnes, dont Xavier Passot. À ses côtés, se trouvent une assistante, qui assure l’accueil et la liaison avec la gendarmerie, un informaticien, en charge de l’interprétation des statistiques et de leur modélisation 3D et un archiviste documentaliste. À cela s’ajoute une vingtaine d’enquêteurs, répartis dans tout le pays. Il sont ingénieurs, littéraires, auto-didactes… ils vont à la rencontre des témoins et se rendent sur les lieux d’observation du phénomène étrange, afin d’identifier les éléments de contexte, géographique ou autre.

Il nous faut d’abord qualifier l’étrangeté du cas : est-ce un objet fixe au sol, un objet qui se déplace pendant une longue durée, plus ou moins vite ? Cela va nous permettre de qualifier le cas, puis de démarrer une enquête de terrain si nécessaire. On analyse aussi la topographie, la météorologie, l’astronomie et, de plus en plus, le trafic aérien. On peut alors découvrir s’il s’agissait en fait d’un avion, d’une étoile, d’une météorite…

Environ 10 % des témoignages aboutissent à des enquêtes. Toutes sont classées en fonction de leur degré d’étrangeté et de consistance, de A à D (lire ci-dessous). Le Geipan recueille également les témoignages qui peuvent être déposés en gendarmerie, en France métropolitaine ou des outremers. En moyenne, un dossier par jour est monté. Et ils ne cessent de s’accumuler dans le bureau du responsable du Geipan. Tous les témoignages sont ensuite publiés sur leur site internet.

Xavier Passot, responsable du GEIPAN, recueille les témoignages d'observateurs d'OVNI. Sur son bureau, des dossiers en cours et une modélisation 3D d'un OVNI observé par un témoin.
Xavier Passot, responsable du Geipan, recueille les témoignages d'observateurs d'Ovni. Sur son bureau, des dossiers en cours et une modélisation 3D d'un Ovni observé par un témoin.

« La clé des observations est la mauvaise estimation de la distance et de la taille du phénomène »

« Un phénomène simple peut être perçu comme étrange », fait remarquer Xavier Passot, qui met en avant les simples erreurs d’interprétation fréquentes de la part de ces témoins de l’étrange.

La clé des observations est la mauvaise estimation de la distance et de la taille du phénomène. Quand on voit un point lumineux dans le ciel, la nuit,  au dessus de l’horizon, il peut être à quelques dizaines de mètres ou à des milliards de kilomètres, on ne peut pas estimer sa taille ou sa distance. On pense à la présence d’un objet dans notre espace aérien. Mais ça peut être une étoile qui scintille, un satellite…

À l’image de ce pilote qui a pris en chasse un point dans le ciel qui n’était autre que la planète Vénus… Ou encore de ce gendarme qui a poursuivi en voiture, sur une trentaine de kilomètres, ce qu’il croyait être un Ovni, en informant ses collègues par talkie-walkie, alors qu’il s’agissait en réalité… de la Lune.

Dans beaucoup de cas, les témoignages ne sont pas assez précis, ils proviennent très souvent aussi de témoins uniques. Or, ces témoins uniques peuvent avoir des problèmes de vision, d’hallucination, d’interprétation, même s’ils sont sincères. Il peut s’agir aussi de canulars. Les cas les plus étranges en tout cas sont le fait de témoins uniques.

Un vaisseau de Star Trek ? Non, des lanternes thaïlandaises

Preuve que l’étrange n’est pas toujours là où on le croit, dernièrement, le Geipan a été sollicité car une personne a cru voir dans le ciel, en pleine nuit, un vaisseau ressemblant à celui de Star Trek. Pour preuve, il a filmé « l’engin ». Sur la vidéo, de nombreux points lumineux, espacés les uns des autres, avancent lentement dans le ciel. Ils semblent former ce qui pourrait être un vaisseau.

Cette personne nous a même envoyé un dessin très précis du vaisseau de Star Trek. Sauf qu’en visionnant la vidéo, on voit que les points lumineux n’avancent pas tous en même temps. Après enquête, on a découvert qu’il y avait un mariage à proximité ce soir-là et qu’il s’agissait en fait de lanternes thaïlandaises…

Ces lanternes sont le cauchemar du Geipan. « Elles peuvent représenter des formes géométriques dans le ciel, la nuit. Sauf que les gens n’y voient qu’un seul objet immense. Les témoignages sont assez hallucinants, c’est une véritable machine à fantasmes. »

L’équipe de Xavier Passot peut mettre une heure au minimum pour arriver à des conclusions. Mais cela peut prendre aussi plusieurs années, le temps de retrouver des témoins.

On enquête toujours sur un cas de 1954 ! Le témoin avait vu un objet lumineux au-dessus de son arbre. Une à deux heures plus tard, il retourne dehors et voit qu’au pied de l’arbre, de la terre a été retournée sur environ 20 cm, avec des vers de terre qui se tortillent. Deux hypothèses : soit, un engin anti-gravité s’est posé là, soit ce sont des sangliers qui ont creusé le trou, et le phénomène lumineux n’est pas lié. Comme l’enquête de l’époque n’était pas très précise, il faut continuer à chercher.

Des phénomènes inexpliqués

Il y a bien sûr des histoires qui continuent de susciter l’interrogation. Comme le cas de Trans-en-Provence, dans le Var, en 1981. Une personne assure avoir vu une soucoupe volante dans son jardin. Certes, il y avait bien des traces au sol, mais aucune autre preuve. Ou encore le cas Amarante, dans l’Est de la France, où un témoin a observé que des plants d’amarante avaient été dégradés par le passage d’un appareil volant non identifié. Canulars ?

Il faut savoir remettre les fantasmes à leur place, surtout quand il s’agit d’un témoin unique, car le témoignage ne tient qu’à la parole d’un homme. Il existe quelques cas déroutants dans le monde, où il y a eu des observations de masse, plus ou moins expliquées, avec des dizaines de témoins voire des centaines. C’était le cas aux Etats-Unis avec les lumières de Phoenix en 1997 ou le carrousel de Washington en 1952 ou encore avec la période de la vague belge, dans les années 1990 en Belgique

Voir le reportage de Canal + Investigation consacré au cas des lumières de Phoenix :


OVNIS – PHOENIX – 13/03/97 – CANAL+ INVESTIGATION par CHOIX-REALITE

« Il y aurait un bureau secret des Ovnis à l’Élysée… »

Pour Xavier Passot, « quand on n’a pas de réponse, c’est frustrant, surtout s’il s’agit de laisser planer le doute sur un canular ». Mais pour le grand public, ce type de manifestations, sans réponse, fait l’objet des théories les plus folles.

Si certains nous admirent pour notre rigueur de travail, d’autres au contraire nous méprisent totalement. La science dure n’aime pas les cas déroutants. Pour certains groupes, nous faisons de la désinformation, nous serions un écran de fumée pour dissimuler le fait que des militaires enquêtent et disposent, eux, des vraies réponses. Selon eux, il y aurait même un bureau secret des Ovnis à l’Élysée ! Notre travail alimente les théories du complot qui peuvent circuler, notamment sur Internet.

C’est ce qui justifie selon Xavier Passot l’action du Geipan. Pour lui, « c’est une nécessité d’avoir un tel service, avec une telle mission d’information ». Là où certains pourraient y voir un gaspillage d’argent public, Xavier Passot y voit au contraire un moyen de donner un avis éclairé à la population.

La moitié des témoins espère une explication à ce qu’ils ont vu. L’autre moitié espère avoir vu quelque chose d’étrange. Les gens ont dans tous les cas besoin d’être rassurés. Mais nous ne sommes pas infaillibles. Un quart des témoins environ ne sont pas satisfaits de nos conclusions, les gens sont souvent déçus que nos affaires ne soient pas plus croustillantes.

Xavier Passot en tout cas l’assure : « Avec tous les cas que l’on voit, si on avait des preuves irréfutables, ça se saurait, surtout aujourd’hui avec Internet, WikiLeaks ou Mediapart ». Ce qui ne l’empêche pas d’attendre, comme tous les ufologues du monde entier, le « cas béton », celui irréfutable, aux multiples preuves et témoins. Ce jour-là, s’il arrive, devrait fournir un sacré travail au Geipan et ses enquêteurs.

Il existe quatre catégories de PAN (phénomène aérospatial non identifié)
PAN de catégorie A : observation ayant été expliquée sans aucune ambiguïté.
PAN de catégorie B : observation pour laquelle l’hypothèse retenue par le Geipan est considérée comme très probable.
PAN de catégorie C : observation non analysable faute d’informations.
PAN de catégorie D : observation inexpliquée malgré les éléments en possession du Geipan. La catégorie D recouvre deux sous-catégories :
> Les PAN D1 qui correspondent à des phénomènes étranges, mais dits de consistance moyenne, par exemple associés à un témoignage unique, sans enregistrement photo ou vidéo.
> Les PAN D2 qui correspondent à des phénomènes très étranges et de consistance forte : plusieurs témoins indépendants et/ou des enregistrements photo ou vidéo et/ou des traces au sol.

Toulouse, 31
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