Actualité Rapprochement des universités : « À Toulouse, il faudra une université de premier rang mondial »

La candidature toulousaine pour obtenir le label d'excellence Idex est l'objet de crispations. Le président de l'université de Toulouse, Philippe Raimbault, prévient. Interview.

Publié le : 26/01/2017 à 07:17
Raimbault-Pascal-Pallas.JPG
Philippe Raimbault, président de l'université fédérale de Toulouse, répond aux questions de Côté Toulouse. (Photo : Côté Toulouse/Pascal Pallas)

L’Initiative d’Excellence, plus connue sous le nom d’Idex… Ce label d’excellence vise à faire émerger plusieurs universités françaises de premier rang dans la compétition mondiale du savoir. Il vise à doper la recherche universitaire, à favoriser le rapprochement des campus et apporte une manne financière importante pour les sites qui décident de se regrouper sous une marque commune. Depuis 2011, l’université de Toulouse tente de construire un projet répondant aux critères de ce label délivré par un jury international.

Bien parti, ce projet de rapprochement entre les universités et les grandes écoles de la Ville rose, d’abord sous la forme d’une fusion puis d’une fédération d’établissements dans sa seconde mouture, a finalement déraillé en 2016. Depuis, le projet toulousain tente de se remettre d’aplomb malgré quelques crispations quant au mode de gouvernance à adopter et l’opposition de certains étudiants et personnels.

Alors que le dossier Idex rentre dans une phase décisive, Philippe Raimbault, le président de l’université fédérale de Toulouse, fait le point pour Côté Toulouse. Interview.

Côté Toulouse. Mardi, plusieurs dizaines d’étudiants et membres du personnel ont empêché la tenue d’un conseil d’administration à l’université Toulouse Jean-Jaurès. Ils protestent contre le processus visant à rapprocher les universités et les grandes écoles de Toulouse au sein d’une université intégrée et récupérer les financements du label Initiatives d’Excellence perdu au printemps 2016. Que pensez-vous de ces crispations ?

Philippe Raimbault. Les personnes qui ont empêché le conseil d’administration de se tenir sont sur une opposition de principe à notre projet, et leur mot d’ordre va bien au-delà de la feuille de route que nous venons de définir pour candidater à nouveau à l’Idex. C’est leur droit, mais la méthode utilisée me gêne. À Toulouse Jean-Jaurès, ces personnes ont empêché les corps représentatifs de l’université de s’exprimer sur cette feuille de route qui n’est qu’un avant-projet de candidature, et vise à donner une orientation générale aux différentes structures qui ont travaillé ensemble sur le processus de rapprochement (l’Université Toulouse 1 Capitole, l’université Paul-Sabatier, l’université Toulouse Jean-Jaurès, l’Institut National Polytechnique, l’Institut National des Sciences Appliquées, l’ISAE-Supaéro, l’Enac et l’école nationale vétérinaire, ndlr). À ce stade du processus, c’est vraiment dommage.

« Notre objectif, c’est de faire progresser l’université de Toulouse »

C.T. Lors du lancement de la candidature toulousaine à l’Idex en 2011, le calendrier prévoyait une fusion des établissements d’enseignements supérieurs toulousains en 2018. 2018, c’est dans un an et l’impression dégagée, c’est que le dossier toulousain, qui en est à sa troisième mouture, est pratiquement revenu au stade où il était en 2011, avec des contestations toujours fortes. L’histoire est-t-elle partie pour se répéter pour la candidature toulousaine ?

P.R. Pour rappel, le premier projet de candidature avait été très peu partagé avec les partenaires et allait plus loin dans le rapprochement des établissements toulousains que le projet que l’on propose actuellement. Aujourd’hui, nous sommes dans la transparence et nous avons stabilisé nos discussions. Nous sommes engagés dans un processus via lequel nous discutons avec toutes les communautés du monde universitaire. Dans ce cadre, il y a des zones d’incertitudes, ce qui est normal dans le cadre d’un avant-projet. Je peux entendre ces inquiétudes. Mais il faut aussi bien comprendre que l’objectif de notre dossier n’est pas de baisser le niveau de service à l’université, ni de créer une université à deux vitesses. Notre ambition, c’est juste de faire progresser l’université de Toulouse en créant un modèle original.

Dans dix ou vingt ans, il faudra en effet une université de premier rang mondial à Toulouse avec des formations de top niveau si l’on veut travailler avec nos leaders industriels et nos nombreuses PME locales. Cela passe notamment par la reconquête de l’Idex.

« On est reparti d’une grande claque »

C.T. Justement, après la perte du label Idex en avril 2016, comment la communauté toulousaine a-t-elle imaginé ce projet de reconquête ?

P.R. On est reparti d’une grande claque, soit l’arrêt pur et simple de l’Idex, scénario qui n’avait pas été imaginé. Notre modèle avait en effet recueilli une forme de consensus sur le principe d’une fédération d’établissements. Il nous a fallu comprendre pourquoi cette fédération a été remise en cause par le jury international qui nous a auditionné. Ces moments de sidération puis de maturation passés, nous avons entamé une démarche comparative en allant voir pourquoi d’autres dossiers ont réussi là où nous avons échoué. C’est là que nous avons compris que nous n’avions pas été assez loin sur la gouvernance et la délivrance des futurs diplômes. Nous avons alors essayé de trouver un modèle adapté et voir vers quel niveau d’intégration nous pouvions désormais tendre.

C.T. Justement, l’intégration de certains établissements dans le nouveau projet pose question. Une université aussi importante que Toulouse 1 Capitole n’a souhaité intégrer qu’un deuxième cercle d’intégration. La présidence de l’université Toulouse Jean-Jaurès a exprimé, quant à elle, quelques réserves sur la feuille de route produite. La candidature toulousaine ne part-elle pas ici avec de lourds handicaps ?

P.R. L’avenir le dira. Pour Toulouse Jean-Jaurès, nous allons déjà attendre que le conseil d’administration puisse s’exprimer sur la feuille de route. Pour ce qui est de Toulouse 1 Capitole, sa présidente n’a pas souhaité aller plus loin dans l’idée d’intégration. C’est un fait…

« Si on ne convainc pas, notre candidature s’arrêtera dès le mois de mars »

C.T. Les prochains jours sont-ils déjà décisifs pour la candidature toulousaine ?

Si notre feuille de route ne convainc pas, la candidature toulousaine à l’Idex  s’arrêtera dès le début du mois de mars. D’ici là, tous les conseils d’administration des établissements concernés par le dossier vont s’exprimer.

Le commissariat général à l’investissement nous dira en mars si nous pouvons aller devant le jury international. Si l’on nous y autorise, nous aurons jusqu’au mois d’octobre pour reconstituer un dossier et le défendre début 2018.

C.T. Comment comptez-vous faire adhérer les étudiants à ce projet alors qu’il paraît si loin de leurs préoccupations immédiates ?

P.R. Il nous faut travailler avec eux et leur expliquer que l’Idex va produire un effet de levier à plusieurs niveaux. Sur notre visibilité internationale avec des diplômes qui seront très rapidement visibles depuis l’étranger.

Il nous permettra aussi de faire avancer plus rapidement notre travail sur la fluidité des parcours de formation étudiants qui doit permettre d’instaurer une plus grande transversalité entre les savoirs et des passerelles entre les écoles et les universités. Le fait de pouvoir passer d’une université à l’autre, d’une matière à l’autre sera essentiel pour les étudiants puisque les sujets de société ne se posent plus dans le cadre d’une seule discipline et nécessitent des savoirs complémentaires ce que demandent déjà les entreprises à nos étudiants à la sortie de leurs cursus.

Enfin, l’Idex permettra de favoriser les programmes de mobilité des étudiants à l’étranger. L’obtention de l’Idex concerne au premier chef les étudiants en cela qu’il permettra à l’université de Toulouse d’accélérer sur des sujets essentiels de la vie étudiante.

Photo de David Saint-Sernin

David Saint-Sernin

Journaliste
Captcha en cours de génération.....Version audio
Changer l'image