Tribune Un prix Nobel et après ?

Le prix Nobel d'économie échoit au Toulousain Jean Tirole et une école au financement particulier. Ne faisons pas l'économie d'un petit débat...

Publié le : 15/10/2014 à 17:11
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Les fées du prix Nobel se sont penchées sur le berceau de l’université toulousaine en attribuant à Jean Tirole le prix Nobel d’économie.Un événement ! Comme il ne nous en est donné à voir que très rarement. D’ailleurs, Jean Tirole n’est que le troisième Toulousain à recevoir les faveurs de l’Académie suédoise, après Paul Sabatier, prix Nobel de chimie en 1912, et l’immunologue Jean Dausset, distingué par le Nobel de médecine en 1980.Le nom du président de la Toulouse School of Economics (TSE) figurait sur la liste des favoris. Mais si la surprise n’a pas forcément accompagné cette distinction, une immense fierté nous réjouit de voir qu’après l’aéronautique, le spatial ou encore la santé, Toulouse brille désormais sur la carte mondiale de l’économie.

« Le prix Nobel de Jean Tirole ne doit pas agir comme un trompe-l’œil sur l’état de notre enseignement supérieur 

En revanche, il faut veiller à ce que cet esprit cocardier ne nous écarte pas d’une certaine réalité. Il n’est pas vrai de dire, comme certains, que Toulouse figure désormais sur la carte mondiale des universités.Ce trophée ne doit pas agir comme un trompe-l’œil. Il consacre la TSE mais pas, comme certains ont bien voulu le scander, l’Université de Toulouse à laquelle la prestigieuse école est attachée.La consécration est d’autant plus différente que la TSE, dont tout le monde vante désormais les charmes, fonctionne à l’inverse de la majorité des entités de l’enseignement français. Par le biais d’une fondation et d’une directive du gouvernement Jospin, la TSE fait appel aux capitaux privés lui donnant une puissance que n’ont pas les établissements se contentant du financement public.Les étudiants de la TSE étudient dans du velours quand ceux du Mirail planchent sur du mobilier de 1969 et leurs collègues de l’Université Paul-Sabatier côtoient blattes et fourmis dans l’animalerie de l’UFR de Biologie.Que dire également du taux de réussite de la TSE et l’échec notoire dès le niveau Licence dans toutes les facs ?À cette heure de récompense, repositionnons le débat sur le potentiel et la qualité de notre enseignement supérieur et de notre recherche.Faut-il faire davantage appel au privé, source de capitaux et de débouchés professionnels mais au risque d’une financiarisation inévitable, de possibles conflits d’intérêts et surtout d’une éducation toujours plus inégalitaire ? L’État doit-il et peut-il encore lancer un grand plan pour l’université ou, dans le cadre de la réforme territoriale, doter bien mieux les Régions, autorités accompagnatrices de l’enseignement supérieur en France ?Des questions cruciales à une époque où la connaissance est un atout majeur des pays développés dans un marché concurrentiel mondialisé. Voilà qui réclame de ne pas faire l’économie de ce débat.

Photo de Pascal Pallas

Pascal Pallas

Editeur / Rédacteur en chef
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