Actualité Troisième ligne de métro, à Toulouse : le choix du président du conseil scientifique fait polémique

Pour les élus EELV de Toulouse et divers collectifs citoyens, la nomination de Patrick Vandevoorde à la tête du conseil scientifique de la Ligne 3 du métro nuit à son indépendance.

Publié le : 14/04/2017 à 15:15
Le tracé de la troisième ligne de métro de Toulouse fait débat et les militants d'une alternative dénoncent la nomination de Patrick Vandevoorde à la tête du comité scientifique chargé d'étudier le dossier (photo D.R.)
Le tracé de la troisième ligne de métro de Toulouse fait débat et les militants d'une alternative dénoncent la nomination de Patrick Vandevoorde à la tête du comité scientifique chargé d'étudier le dossier (photo D.R.)

La troisième ligne de métro de Toulouse n’est pas en service, mais elle connaît déjà quelques perturbations. Le conseil scientifique indépendant chargé « de veiller à la complétude et à la pertinence des études et démarches entreprises par Tisséo » est au cœur d’une des dernières polémiques qui jalonnent l’avancée du projet.

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Les experts payés 2 000 euros par journée de vacation

Après l’annonce de sa mise en place par Tisséo, le 29 mars 2017, ce conseil s’est d’abord attiré les foudres d’Henri Arévalo, élu Europe écologie les verts (EELV), scandalisé par les 2 000 euros bruts que percevront les experts membres du conseil par journée de vacation. Dans la foulée, la nomination de Patrick Vandevoorde à la tête de ce comité scientifique a, elle aussi, suscité d’autres critiques.

« Ni indépendant, ni scientifique » pour les uns, « carrière parfaite » pour les autres

Comme Côté Toulouse vous l’expliquait dans un précédent article, Patrick Vandevoorde, connaît bien le réseau de transports urbains de Toulouse, pour en avoir été un de ses constructeurs. Que ce soit en tant que directeur de MTDéveloppement, le concessionnaire de la ligne A du métro, ou directeur de la Smat, acteur majeur du projet de ligne B du métro, il a pu se faire connaître en bien comme en mal par les élus et citoyens toulousains.

Voilà pourquoi sa nomination a fait tiquer le Collectif citoyens en faveur d’une troisième ligne Métro-Politaine pour Toulouse, qui a peur que sa proposition de tracé alternative « ne soit pas étudiée en toute objectivité ». Même critique du côté de l’association des usagers des transports de Toulouse et de l’agglomération toulousaine et environs, qui milite notamment pour une alternative au projet de 3e ligne de métro, renforçant l’étoile ferroviaire autour de Toulouse. Elle réclame l’annulation de la nomination de Patrick Vandevoorde et n’y va pas par quatre chemins pour exprimer ses griefs :

Nous contestons l’indépendance du conseiller scientifique, qui n’est ni indépendant ni scientifique. Sa nomination en dit long sur le mépris que le SMTC a du travail associatif. Nous demandons instamment l’annulation de cette nomination.

Pour Jean-Michel Lattes, président du Syndicat mixte transports en commun (SMTC) de l’agglomération de Toulouse, ces accusations ne tiennent pas.

C’est un choix assumé. Monsieur Vandevoorde a une reconnaissance nationale absolue, il a fait une carrière parfaite, donc on n’a aucun état d’âme, il a les compétences techniques requises. Qui plus est, c’est quelqu’un qui n’a jamais eu aucun engagement ni syndical, ni politique.

Régis Godec accuse Jean-Luc Moudenc de recourir à « un ami »

Cet argumentaire n’a pas dû convaincre l’élu EELV Régis Godec qui a, lui aussi, vertement réagi à cette annonce, sur Facebook. Pour lui, « Jean-Luc Moudenc et Jean-Michel Lattes (…) créent un Conseil scientifique qui n’a aucune indépendance ». Il les accuse d’avoir mis en selle « un ami » qui « sera rémunéré 2000 euros par journée travaillée pour opiner du chef ».

Des critiques réitérées, jeudi 13 avril, face à Jean-Luc Moudenc, lors du conseil du métropolitain :

Vous avez pris une décision unilatérale de désigner simplement son président, Patrick Vandevoorde, qui est finalement un de vos collaborateurs proches depuis longtemps. Monsieur Vandevoorde a été responsable d’une société qui a lancé la construction de la ligne A et de la ligne B. Il porte aussi peut-être l’héritage des erreurs sur ce projet, notamment la problématique de la longueur des quais de la ligne A, que nous connaissons actuellement et pour lesquels nous engageons de lourds travaux qui auraient peut-être mérité d’être anticipés au moment de la construction (…) Comment peut-on imaginer que Monsieur Vandevoorde présente toutes les garanties de l’indépendance réclamée par le conseil scientifique ? Nous vous demandons de revenir sur cette décision (…) ou à Monsieur Vandevoorde de démissionner de lui-même.

Jean-Michel Lattes fustige « le groupe Vert le plus anti-métro de France »

Pour le maire de Toulouse, président de la métropole, ces propos contiennent « beaucoup de contre-vérités » et une annulation de ladite nomination n’est pas à l’ordre du jour. Jean-Luc Moudenc assure que Patrick Vandevoorde est totalement « indépendant par rapport à ce projet de troisième ligne. Il n’est pas partie prenante, et il n’a pas été sollicité auparavant pour être un expert ».

Il a toujours oeuvré pour l’intérêt public et dans ce cadre-là, il n’a jamais fait état de ses préférences politiques, donc il est politiquement indépendant. Il a eu un parcours exemplaire au service de l’État et à la tête de l’Agence d’Urbanisme de Toulouse, a poursuivi Jean-Luc Moudenc.

Et Jean-Michel Lattes de préciser : « Il y a quatre quais qui dans la ligne A sont trop courts, mais ce n’est pas une décision prise par M. Vandevoorde. En tant que technicien, il a exposé les alternatives aux élus de l’époque, qui ont pris la décision ». D’ailleurs, à titre personnel, le président du SMTC estime que cette ligne est « le plus gros succès des transports en commun de Toulouse » et que les critiques d’EELV concernant le métro A ou la nomination de Patrick Vandevoorde, ne tiennent finalement qu’à une seule chose : la mauvaise foi.

Le groupe Vert cherche toujours à empêcher de faire, c’est le groupe Vert le plus anti-métro de France, tacle Jean-Michel Lattes.

Une vision qu’il partage avec Jean-Luc Moudenc, très sceptique en ce qui concerne la conception qu’a Régis Godec de l’indépendance : « Pour vous, quelqu’un d’indépendant, c’est quelqu’un qui a des idées proches des vôtres ».

En somme, si le débat sur la troisième ligne de métro n’est pas près de voir le bout du tunnel, une chose est sûre : Jean-Luc Moudenc, Jean-Michel Lattes et Régis Godec ne monteront pas dans la même rame !

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