Tribune Val Tolosa. Un élu de Toulouse Métropole dézingue l'accord qui a donné le feu vert au projet

Dans une lettre ouverte adressée au préfet de Haute-Garonne, le maire de Brax, dézingue l'accord-cadre qui a donné son feu vert au projet de centre commercial Val Tolosa.

Publié le : 25/04/2016 à 17:52
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Le projet de centre commercial Val Tolosa continue de faire des remous dans l'Ouest de l'agglomération toulousaine. (Photo : DR)

Le jeudi 31 mars 2016, après des années de discussions et d’opposition au projet de centre commercial Val Tolosa sur la commune de Plaisance-du-Touch, une médiation menée par l’État a abouti à la signature d’un accord-cadre donnant une nouvelle impulsion à ce projet de 64 000 m2 de surface commerciale qui promet 3 500 emplois durant le chantier, et 2 000 emplois pérennes une fois le projet achevé. Le vendredi 8 avril, l’histoire tumultueuse du projet connaissait néanmoins un nouveau rebondissement, cette fois-ci sur le plan juridique, puisque le tribunal administratif de Toulouse annulait ce jour-là un arrêté pris par le préfet de Haute-Garonne en août 2013, arrêté qui avait autorisé à l’époque la destruction d’espèces vivantes protégées. Lundi 25 avril, dans une lettre ouverte à l’attention du préfet de Haute-Garonne et du président du Conseil départemental Georges Méric, le maire de Brax, François Lépineux, également conseiller métropolitain de Toulouse Métropole, dézingue l’accord-cadre du 31 mars. Voici sa tribune. Les intertitres sont de la rédaction.

« Je dénonce le déni de démocratie locale »

Val Tolosa, ou le déni de démocratie. Alors que l’enquête publique vient de s’ouvrir, que les événements se succèdent notamment un rappel à la loi adressée à la préfecture par le tribunal, voici une lettre adressée à messieurs le préfet et le président du Conseil départemental suite à l’accord-cadre signé le 31 mars.

La décentralisation n’a-t-elle pas pour but de permettre aux élus de travailler en responsabilité sur les questions qui les concernent ? Comment interpréter dans ces conditions la décision imposée par l’État pour lancer les travaux de ce centre commercial alors que tous les élus locaux s’y opposent ? Le maire, que je suis, interpelle le préfet et le président du Conseil départemental pour leur rappeler que notre avis compte et que je dénonce le déni de la démocratie locale. François Lépineux, maire de Brax.

La lettre du maire de Brax

Monsieur le préfet, Monsieur le président du Conseil départemental,

J’ai appris par voie de presse le 31 mars qu’un accord-cadre avait été signé entre la municipalité de Plaisance-du-Touch, le Conseil départemental, la préfecture et le promoteur. Je me permets de vous apporter ma forte désapprobation suite à cette médiation.

Je ne développerai pas la question de l’éthique au regard de la porosité constatée entre le promoteur et les élus locaux avec pour exemple les nombreuses publications de presse onéreuses à charge contre les élus locaux opposés à ce projet.

Je ne détaillerai pas les atteintes à l’intégrité de la flore endémique en opposition aux textes réglementaires alors que toute collectivité se doit d’agir en responsabilité et non en impunité.

Je ne tenterai pas de démontrer l’incohérence de ce projet qui s’inscrit en total opposition aux règles actuelles du SCoT révision 1, notamment en termes de consommation de terre agricole, car ce projet ayant été élaboré sur une base ancienne et obsolète.

Je ne chercherai pas à expliquer que ce projet est le fruit d’une seule et unique équipe municipale, n’en démontre l’absence de réflexion entre communes, puisqu’aucune démarche de PLU « intercommunal » et Habitat n’a été initiée par cette EPCI présidée par le maire de Plaisance.

Je n’évoquerai pas la question du transport sur ce territoire qui n’a pas été traitée alors que la part modale de la voiture sur l’ouest de Toulouse est supérieure à 80%, que le réseau routier est saturé et qu’aucun développement de transport en commun n’est à l’ordre du jour.

Je ne détaillerai pas les études économiques présentant la saturation de notre écosystème par les centres commerciaux sur Toulouse et le vieillissement démontré des aménagements commerciaux actuels selon le diagnostic du PLUiH de Toulouse Métropole, sans compter le développement constaté des friches commerciales.

Je ne présenterai pas au lendemain de la COP 21 les développements urbains du XXIème siècle qui préconisent des fonctions urbaines intégrées comprenant les habitations, le commerce et le travail afin de limiter le transport alors que ce centre commercial a été pensé en périphérie.

J’évoquerai le seul point de la médiation. Il est désobligeant de constater que l’ensemble des maires des communes avoisinantes (Tournefeuille, Colomiers, Pibrac, La Salvetat et Brax) ne puissent être entendus lorsqu’ils manifestent leur unanime opposition à ce projet alors que nous avons pour mission de travailler ensemble à l’aménagement du territoire.

Cette absence d’écoute s’explique par une feuille de route écrite à l’avance et, par conséquent, dédaignant les élus locaux. Au regard de cette décision d’État, je déplore, monsieur le préfet, monsieur le président du Conseil départemental, cette « médiation » qui ne respecte pas les principes du débat contradictoire et qui s’inscrit en opposition à nos valeurs républicaines que nous portons au plus près de nos concitoyens.

Veuillez agréer Monsieur le Préfet, Monsieur le président du Conseil départemental, l’expression de mes salutations distinguées. »

Photo de David Saint-Sernin

David Saint-Sernin

Journaliste
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