Actualité [Tribune] « Il faut un Grand Saint-Sernin comme il y eut un Grand Louvre »

Un projet de réaménagement concerne le pourtour de la basilique Saint-Sernin. Daniel Cazes, président de la Société archéologique du Midi plaide pour une démarche d'ambition.

Publié le : 10/04/2015 à 16:32
basilique-StSernin-©-David-Saint-Sernin.jpg

La mairie de Toulouse va réaménager les places Saint-Raymond et Saint-Sernin, dominées par le monument majeur de Toulouse. Outre l’amélioration des fonctions et de l’agrément, celle de la vie quotidienne de la basilique, du musée, d’autres institutions adjacentes et de tous les riverains, l’enjeu est de la plus haute importance.

Un tel projet mérite une réflexion d’une grande portée. Le maire, Jean-Luc Moudenc, en a demandé la première esquisse à Joan Busquets, dans le cadre d’un dialogue avec tous ceux qui sont concernés. Quelques idées fortes, comme le dégagement à l’est de la vue de l’exceptionnel chevet roman de Saint-Sernin, la mise en valeur au nord du site de l’abbaye et de son grand cloître, ou l’intention de redonner à l’ouest un centre à la place Saint-Raymond (par rapport à l’actuelle, excessivement dilatée, sans caractère, fortuitement engendrée par la démolition de constructions non remplacées), ont déjà été envisagées par l’urbaniste catalan de grand renom.

«Un musée Saint-Sernin s’impose !»

Dans sa démarche, ce dernier pèse avantages et inconvénients de l’actuelle configuration du pôle attractif que constituent, cumulés, les espaces environnant Saint-Sernin, résultat d’une longue histoire. Dix-huit siècles au moins les ont façonnés. La place qui voulut les unifier au XIXe siècle ne fut jamais achevée. Pensée en fonction de l’isolement de l’église Saint-Sernin, elle ne sut englober les richesses de l’univers architectural créé autour d’elle, entraînant même la destruction de quelques édifices remarquables.

Se pencher de nouveau, au XXIe siècle, sur ce contexte est à la fois indispensable, exaltant et délicat : il s’agit de révéler et rehausser un atout essentiel de la capitale du Languedoc. Le but n’est pas seulement de refaire des sols, lampadaires, bancs, poubelles, points d’eau (une fontaine serait si agréable au milieu de la place Saint-Raymond !), toilettes publiques et plantations, comme cela se fait partout, avec plus ou moins de bonheur. Il est surtout de donner originalité au projet et de l’enrichir. Faciliter l’accès cultuel et culturel à la basilique (qui attend encore quelques restaurations), notamment par l’ l’information patrimoniale, ne peut être négligé.

Un nouveau musée entièrement dédié à Saint-Sernin s’impose au nord de l’église : il en existe partout en Europe auprès des monuments de cette importance. Dans le même mouvement, l’extension du musée des Antiques de la Ville et l’ouverture régulière au public des magnifiques intérieurs de l’Hôtel Dubarry, doivent enfin aboutir.

Pour coordonner tout cela, un plan régulateur de ce que l’on appellerait volontiers le « Grand Saint-Sernin », comme il y eut un « Grand Louvre », reste à établir. Seul, il sera en mesure d’assurer une bonne programmation des travaux (quitte à ce qu’il y ait plusieurs phases) et une gestion économe des fonds publics.

Des fouilles archéologiques nécessaires

Pour lui donner corps, tout devra commencer, comme dans les projets similaires de l’Europe d’aujourd’hui, par une fouille archéologique des terrains à aménager. Comment faire autrement pour savoir ce qu’il faudra sauvegarder et présenter des vestiges de ce qui fut aveuglément arasé au XIXe siècle (cloître, abbaye, sacristies, cimetières, parties démolies du collège Saint-Raymond) ? Ce qui permettra encore de repérer les nombreux réseaux multipliés au cours du temps (égouts, eau, gaz, électricité, téléphone), à réparer ou refaire.

Les vestiges affleurent et l’on sera bien obligé de creuser. Le risque de surprises, méfaits et scandales archéologiques sera très élevé si l’on ne pratique d’abord ces fouilles. De plus, ne pas le faire renchérirait et retarderait les travaux, générerait aussi une image fort négative de la ville qui ambitionne son classement au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Une recherche archéologique bien menée sera au contraire un gage de succès, tout comme une puissante action éducative et culturelle appréciée par les citoyens. Toutes les villes qui ont choisi ce processus attentif au patrimoine peuvent en attester.

Daniel Cazes,
conservateur honororaire du musée Saint-Raymond,
président de la Société archéologique du Midi

Toulouse, 31
Captcha en cours de génération.....Version audio
Changer l'image