Tribune [Tribune] Attentat près de Rouen. « Vous n'aurez pas notre haine »

Suite à la mort du Père Hamel, égorgé par deux hommes se revendiquant de Daech lors de l'attaque d'une église à Saint-Étienne-du-Rouvray, le père Michel Dagras lui rend hommage.

Publié le : 27/07/2016 à 15:00
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Un important dispositif de policiers et de pompiers a été mis en place près de l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray, près de Rouen (Seine-Maritime), mardi 26 juillet 2016 où a eu lieu une prise d'otages, mardi 26 juillet. (Photo : Normandie-actu)

Suite à la mort du père Jacques Hamel, tué par deux hommes se réclamant de Daech, lors de l’attaque de l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray près de rouen (Seine-Maritime), mardi 26 juillet, le père Michel Dagras rend hommage à l’homme d’Église dans une lettre poignante. Le père Michel Dragas est professeur émérite de théologie et chroniqueur pour la Voix du Midi. Tribune.

Mardi 26 juillet, après midi

Jacques, notre frère

Tu as rejoint ce matin la longue cohorte de chrétiens, de prêtres, d’évêques, et plus largement de tous les croyants persécutés et exécutés à cause de leur foi. Ils sont nombreux en Irak, en Syrie et d’autres pays du Proche-Orient, en Afrique, en Asie. Parmi eux, les chrétiens sont numériquement les plus persécutés. Ils rejoignent ceux que notre tradition désigne, honore et célèbre comme martyrs.

L’impact de ces persécutions et de ces exécutions était jusqu’à ce matin comme amorti par la distance. Elle est effacée ! L’horreur est ici, sous nos yeux. Notre peine est immense. Nous partagions déjà celle des familles et des proches des victimes de l’horrible tuerie de Nice. Elle est aujourd’hui réactivée comme par un coup violent porté sur une blessure déjà ouverte. Nous voici à notre tour aux premières loges de la sidération et du deuil. Nous prierons tout à l’heure à la messe de 18 h 15 (la messe a eu lieu mardi 26 juillet, ndlr.), non pas pour toi, Jacques, mais avec toi. Les martyrs n’ont pas besoin de nos prières. Nous, par contre, avons besoin des leurs et de leur soutien.

Les commanditaires de tes meurtriers ont déclaré viser des pays de la coalition croisée. Sinistre résurgence d’un passé révolu depuis huit siècles ! Le signe de croix que toi et les fidèles participants à l’eucharistie avez tracé sur vos corps ce matin au début de la messe avait une toute autre signification que celle affichée sur les vêtements, les écus et les oriflammes des croisés médiévaux. Eux partaient se battre … soi-disant au nom de Celui qui avait pourtant déclaré au moment d’entrer dans sa Passion, celui qui se servira de l’épée périra par l’épée.

Vous, vous entriez ensemble dans la célébration de la Passion, de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ. Lui qui, totalement innocent, fut supplicié et exécuté pour avoir proclamé l’égalité et la dignité de tous devant Dieu, le respect des différences, le souci des plus faibles, la justice et la liberté intérieure … bref, les constituants d’un amour qui, selon saint Jean, correspond à ce qu’est Dieu lui-même.

Avant-hier nous célébrions la fête de ton saint patron. Rectifiant une intervention généreuse mais intéressée de sa maman, Jésus révélait que le Père réservait comme il l’entendait la place de chacun auprès de Lui. Cette place, tu la tenais ce matin auprès de son Fils puisque, intimement uni à lui, tu célébrais la messe. Ton sang s’est mêlé au sien. Non pas un sang perdu mais répandu pour la multitude, selon les paroles même de la consécration. Le sang des martyrs est semence de chrétiens. Ce vieil adage traverse les siècles. Il nous atteint. Nous croyons qu’il dit vrai.

Jacques, à quelques mois près, nous avons le même âge. Et comme toi, je suis prêtre auxiliaire. J’imagine les étapes de ton chemin au service du Christ et de son Évangile : jeune prêtre ordonné dans le climat du Concile, partageant dans ton ministère les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout, et de tous ceux qui souffrent. Témoin des tourmentes des années 70. Et maintenant, heureux du souffle évangélique qui inspire la parole et les actes du pape François, au service de l’Église et de tous les hommes.

Jacques, aide-nous à continuer notre marche sur nos chemins d’Emmaüs. Accompagne-nous dans la confiance et dans la paix, dans la vérité et le pardon, quels que soient les aléas de la route.

Bien fraternellement, je t’embrasse,

Père Michel Dagras

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