Ils font Toulouse [Portrait] À Toulouse, Vincent Aguilera veut dépoussiérer la Chambre des métiers et de l'artisanat

Le 7 novembre 2016, Vincent Aguilera, 42 ans, devenait le nouveau président de la Chambre des métiers de la Haute-Garonne, annonçant un changement d'ère à la Chambre consulaire.

Publié le : 02/01/2017 à 15:17
Vincent Aguilera, Chambre des métiers et de l'artisanat, Toulouse, Compans-Caffarelli, Bellocq, UPA
À 42 ans, Vincent Aguilera a délogé près de 40 ans de règne du syndicat UPA (Photo : Chambre des métiers et de l'artisanat de Haute-Garonne)

Il souffle un vent de nouveauté dans les instances. Aux élections de la Fédération française de rugby (FFR), Bernard Laporte a mené une campagne cassant tous les codes et certaines bienséances, mettant les pieds dans le plat et promettant une révolution dans le bon sens au rugby amateur. Bingo !

À Toulouse, avec moins d’éclats et dans un secteur plus taiseux, moins tapageur médiatiquement, l’élection du nouveau président de la Chambre des métiers et de l’artisanat (CMA) de la Haute-Garonne (qui fédère plus de 28 000 entreprises et plus de 41 000 salariés) a fait fredonner la petite musique du changement.

« Je ne savais pas où je mettais les pieds ! »

Pensez donc : pour la première fois depuis des décennies, le syndicat tout puissant UPA (Union professionnelle artisanale) n’était pas seul à la table du vote. « 40 ans ça suffit ! » scandaient ses adversaires. En face, justement, Vincent Aguilera, 42 ans, gérant d’une entreprise de fabrication et vente de plats cuisinés à Ramonville, faisait partie des meneurs de la liste « Fiers d’être artisans » avec la casque du Petit Poucet arrivant « avec un oeil moderne et une vision différente. Je ne savais pas où je mettais les pieds ! ».

La tête de liste, le poissonnier bien connu à Toulouse Pascal Bellocq, a poussé ce Toulousain pur jus - « de la crèche à la fac ! » – vers la lumière de la relève. Résultat : pas de succès écrasant à la Laporte face au vétéran Camou, mais 95 voix de différence pour un écart étriqué. Suffisant pour insuffler de l’air et ouvrir une nouvelle ère.

Admiratif de la CCIT

Le quinquennat de « l’Espagnol » (il a des origines à Valence et Barcelone) Vincent Aguilera repose d’abord sur une problématique fondamentale : mieux faire connaître l’institution, qui pâtit de la notoriété de l’autre chambre consulaire, la Chambre de commerce et d’industrie de Toulouse (CCIT), dont il salue le « dynamisme et l’écoute sur le terrain » de son président, Alain di Crescenzo.

Le malaise est profond avec les artisans, la Chambre était repliée sur elle-même. Il faut en faciliter l’accès, développer la digitalisation. Nous avons trop souvent été absents des débats locaux et nous allons rappeler que la Chambre des métiers appartient à tous les artisans, elle est à leur service, estime-t-il.

Il a même fallu les manifestations monstres des taxis et la récente adoption de la loi Grandguillaume régulant le marché pour s’apercevoir que les taxis dépendaient de la Chambre des métiers. Une Chambre dont on a peu entendu la voix ces derniers mois entre taxis, Uber, VTC et consorts…

> LIRE AUSSI : Loi Grandguillaume : ce qui va changer pour les VTC et taxis toulousains en 2017

Les axes de son mandat

Son action, il la développe en quatre axes : accompagner les artisans dans les étapes de leur parcours, préparer et former les artisans de demain, promouvoir et valoriser l’artisanat et améliorer les services de la CMA. « Nous voulons avoir une vision à cinq, dix ans, en phase avec les politiques publiques, les déplacements de population, les besoins d’implantations dans les communes, les quartiers… », poursuit-il.

L’histoire de Vincent Aguilera se conjugue avec celle de son frère jumeau, Philippe. Fils de parents travaillant à la Caisse régionale d’assurance-maladie, ils savent en temps réel, à la fin des années 2000, l’enjeu de la dépendance au XXIe siècle qui s’amorce et créent le réseau Vitame pour le maintien à domicile des personnes âgées. « Je me suis lancé à 24 ans, et depuis, je n’ai jamais connu le salariat classique. Nous avons toujours voulu créer tous les deux », indique le nouveau patron de l’institution de Compans-Caffarelli.

Carences

L’innovation, le dynamisme, la compétitivité : Vincent Aguilera veut transmettre un certain état d’esprit et croit plus que jamais que le passage de relais générationnel est en train de se faire… tout en solutionnant les problèmes du terrain de plus en plus criants.

Nous avons des problèmes de carence dans certains secteurs. Plus personne ne se lance dans la boucherie, par exemple. Nous devons anticiper ces problèmes, redonner du souffle à nos activités, savoir les manques de chaque territoire de la Haute-Garonne, faire du géo-marketing… La CCIT a cette intelligence économique : nous, non.

Au départ dans ses petits souliers, à la 4e place de la liste outsider « Fiers d’être artisans », Vincent Aguilera a enfilé les bottes du patron et a désormais vue imprenable sur le boulevard Lascrosses. On saura dans cinq ans si le Bernard Laporte toulousain des artisans a réussi à transformer l’essai.

Photo de Anthony Assemat

Anthony Assemat

Journaliste, chef d'édition à Côté Toulouse
Captcha en cours de génération.....Version audio
Changer l'image