Économie « Sans patron, sans banquier », la nouvelle vie de deux anciens de Freescale reconvertis dans la boulangerie

Licenciés en 2013, deux anciens salariés de l'usine Freescale à Toulouse viennent de lancer une boulangerie coopérative autofinancée et autogérée.

Publié le : 06/10/2015 à 17:09
pain flickr/cc/andrew bowden
Eric Hirson et Bernard Pazioli, deux anciens de Freescale, ont créé une boulangerie coopérative à Toulouse (Photo Illustration : Flickr/cc/Andrew Bowden)

Des bacs d’acides pour semi-conducteur au pétrin pour le pain. C’est la trajectoire qu’ont emprunté des anciens salariés de Freescale, licenciés après la fermeture de l’usine toulousaine en 2013. Eric Hirson et Bernard Pazioli font en effet partie des 821 salariés licenciés dans une relative indifférence en 2013.

A l’époque, on ne se connaissait que de vue. Et c’est finalement à Pôle Emploi que nous nous sommes retrouvés autour de la création d’une boulangerie.

Eric part alors en CAP Boulangerie à Aurillac pour un an de formation tandis que Bernard fait valider des compétences déjà acquises comme boulanger dans le cadre associatif.

Projet en rupture

Et puis, il y a quelques mois, le projet s’est concrétisé autour d’une Société Coopérative intitulée “Au Pain Levé“. Un fournil, un pétrin et une camionnette financés avec les indemnités de licenciement ont permis un autofinancement à 100%. Julie, en provenance du monde de l’économie sociale et solidaire rejoint à ce moment le projet.

On a été viré du système économique habituel. L’idée, c’était de prendre le contre-pied de tout ce qu’on avait vécu à Freescale. Et on allait pas se débarrasser d’un patron pour se retrouver avec un banquier. On coupe complètement avec un mode d’organisation hiérarchique, un rapport au travail sans réelle finalité et une production basée sur des produits chimiques sans réellement savoir à quoi elle est destinée.

Autogestion et autofinancement

Résultat, une entreprise « autogérée » où en plus des contraintes d’une SCOP dans laquelle chaque membre a une voix, on a décrété l’égalité des salaires, la non-rémunération du capital et une réunion collective bi-hebdomadaire pour traiter de la gouvernance du projet.

Ça change tout. On a le sentiment de contrôler notre outil de production et on a réellement conscience de ce qu’on l’on fait et on est fier du travail accompli. Notre travail quotidien a un sens véritable puisque l’on produit quelque chose véritablement destiné aux gens.

Circuit court

Installé à Gardouch, dans le Lauragais, le fournil du Pain Levé a également décidé de privilégier les circuits courts. La farine de blé, par exemple, provient de meuniers installés à dix minutes de la SCOP. La production, 100% bio fournit des restaurants et des points de dépôt des environs et alimentent les stands de l’entreprise sur les marchés deux fois par semaine.

Consulter les points de dépôt de la SCOOP “Au pain levé”

Le rythme de travail n’a pourtant rien à voir avec celui connu dans les salles blanches de Freescale. Des journées de 10 à 15 heures lors de la production du pain, la pression induite par toute tentative d’entrepreneuriat et un pouvoir d’achat qui n’a plus rien à voir avec les années passées. Pourtant, aucun regret chez ces deux salariés.

C’est un changement de manière de vivre, c’est sûr. Mais au final, on a gagné en qualité de vie et pour la première fois depuis mes 20 ans, je ne retourne pas au travail avec la boule au ventre conclut Eric.

Photo de Xavier  Lalu

Xavier Lalu

Journaliste, chef de projet à Côté Toulouse
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