Actualité À Toulouse, une pension de famille sort des personnes fragilisées de l'isolement

Mardi 14 mars, une pension de famille a été inaugurée dans le quartier Montaudran, à Toulouse. Un lieu de vie qui veut redonner de l'autonomie aux personnes fragilisées et isolées.

Publié le : 15/03/2017 à 10:58
pension de famille
Les "pensionnaires" trouvent ici autonomie et lien social. (Photo : Côté Toulouse/Delphine Russeil)

« Ici, on nous donne le sentiment de faire partie de la société. » Les mots d’Adam, jeune homme lourdement handicapé, sont implacables face aux représentants des collectivités et de l’État.

Une délégation est venue, mardi 14 mars 2017, inaugurer en grande pompe la pension de famille Ambroise Thomas, dans le quartier de Montaudran à Toulouse. Un projet dont la nécessité a été reconnue par tous – résidents, le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc, représentants de Toulouse Métropole Habitat ou de la Fondation Abbé Pierre – et qui aura, malgré tout, mis près d’une dizaine d’années à se concrétiser.

Douze logements pour personnes isolées à faibles ressources

Porté par l’association Le Relais depuis 2008, ce projet de pension de famille a finalement pu se concrétiser avec, entre autres, l’appui de Toulouse Métropole Habitat (ex-Habitat Toulouse), qui est propriétaire du lieu. Celui-ci propose douze logements indépendants, sous forme de studios équipés, dont sept adaptés aux personnes à mobilité réduite.

C’est l’association Le Relais qui loue les logements à Toulouse Métropole Habitat et se charge de les attribuer aux locataires, après évaluation de leur situation en lien avec le SIAO (Service intégré d’accueil et d’orientation).

Il s’agit de personnes isolées, hommes ou femmes, avec des fragilités physiques ou psychologiques, voire psychiatriques, mais en mesure malgré tout de conserver une certaine autonomie, décrit Francis Saint-Blancat, président de l’association.

« Elles doivent aussi disposer d’un minimum de ressources », ajoute-t-il. Les locataires doivent en effet être en capacité de rétrocéder à l’association un loyer de 351 euros, toutes charges comprises.

Au 22 de la rue Ambroise Thomas, quartier Montaudran à Toulouse, la pension de famille du même nom donne un cadre de vie nouveau à ses occupants. (Photo : Côté Toulouse/Delphine Russeil)
Au 22 de la rue Ambroise Thomas, quartier Montaudran à Toulouse, la pension de famille du même nom donne un cadre de vie nouveau à ses occupants. (Photo : Côté Toulouse/Delphine Russeil)

Rendre autonomie et vie sociale aux habitants

En rez-de-chaussée, une salle commune est également mise à la disposition des résidents, qui s’y retrouvent plusieurs fois par semaine. C’est le cœur de cette pension de famille, où chaque locataire pourra réapprendre à tisser des liens sociaux. Arrivé en décembre 2016, Éric, 48 ans, l’un des premiers résidents de la pension, ressent déjà les effets de cette nouvelle façon de vivre.

Avant, j’étais dans un foyer où j’ai attendu pendant deux ans que cette pension se crée. Mais je ne regrette pas… », raconte-t-il, enthousiaste, s’avouant plus serein. « Ici, on forme un collectif, on se soutient les uns les autres, on échange… et l’on sait que la porte d’à côté reste ouverte en cas de problème ».

Au quotidien, deux « hôtes » se relayent pour accompagner les locataires dans tout ce qui pourrait leur poser problème. « Cela va des actes de la vie quotidienne, comme l’hygiène ou l’équilibre alimentaire, à une ouverture sur l’extérieur par des sorties culturelles ou autre », explique Stéphane Sanchez, l’un des deux hôtes. « On organise des repas partagés où chacun peut faire part de ses envies. On va notamment essayer d’organiser une journée à la mer et on prévoit de créer un potager. »

Un accompagnement qui vise aussi à améliorer l’autonomie des résidents.

Notre rôle est par exemple de leur montrer qu’ils n’ont pas à avoir peur d’aller au supermarché ou de prendre le bus. On cherche à les valoriser en leur prouvant qu’ils sont capables de se débrouiller par eux-mêmes », précise Stéphane, estimant que le principe de la pension de famille comble un vide entre le placement en institution et des situations insupportables d’isolement chez soi pour ces personnes.

« Davantage de pensions de famille à l’avenir »

Un rôle essentiel souligné par Patrick Chassignet, représentant de la Fondation Abbé Pierre qui est partenaire du projet : « Ce concept permet de rendre une vraie place de citoyen à ses occupants. On espère voir encore d’autres projets de ce type se développer sur Toulouse. »

Un appel entendu et partagé par Franck Biasotto. Le président de Toulouse Métropole Habitat estime qu’il « manque de pensions de famille et d’habitats diversifiés sur l’agglomération toulousaine. Or, on se doit de répondre aux besoins de tous ».

La pension de famille Ambroise Thomas a été inaugurée mardi 14 mars 2017. (Photo : Côté Toulouse/Delphine Russeil)
La pension de famille Ambroise Thomas a été inaugurée mardi 14 mars 2017. (Photo : Côté Toulouse/Delphine Russeil)

En ce sens, Toulouse Métropole Habitat tente de diversifier son parc de logement et a développé ces dernières années des projets d’habitats participatifs (co-construits avec les locataires), de résidences adaptées aux personnes handicapées moteur (quartier Bonnefoy), aux jeunes travailleurs (près des Carmes) ou aux seniors (à la Cartoucherie). Le bailleur social travaille aussi à la création de logements thérapeutiques en lien avec l’Hôpital Marchant ou encore à de l’habitat adapté à la dépendance.

Et il n’est pas le seul à œuvrer pour rendre le logement plus humain : à Toulouse, plusieurs autres associations gèrent elles aussi des pensions de famille, à l’instar du Secours Catholique ou de l’Entraide Protestante. Une mission d’intérêt général saluée par le préfet Pascal Mailhos : « À quoi bon pourchasser des avancées sociales si on n’est pas capable de tendre la main à ceux qui sont en difficulté, après avoir connu les cassures de la vie. »

Photo de Delphine Russeil

Delphine Russeil

Journaliste
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