Actualité Toulouse. Médecins du Monde dénonce l'insalubrité des squats et « bidonvilles » dangereux

Médecins du Monde avait déjà interpellé les pouvoirs publics sur les conditions de vie insalubres des 880 habitants qu'elle a recensés dans 7 squats et « bidonvilles » toulousains.

Publié le : 14/03/2017 à 08:20
Le squat des Arènes de Toulouse a été évacué, mercredi 8 mars 2017, à la suite d'un incendie. (photo d'illustration © Côté Toulouse / C.M.)
Le squat des Arènes de Toulouse a été évacué, mercredi 8 mars 2017, à la suite d'un incendie. (photo d'illustration © Côté Toulouse / C.M.)

Cinq jours après l’incendie du squat des Arènes, le 8 mars 2017 à Toulouse, Médecins du Monde dénonce l’incurie des pouvoirs publics concernant des squats et « bidonvilles » dangereux. Dans un communiqué du lundi 13 mars, l’antenne de l’ONG en Midi-Pyrénées constate avec fatalisme que ses préconisations n’ont pas été suivies. Elle s’étonne même de voir que personne n’a trouvé la mort dans l’incendie – même si elle s’en réjouit – tant elle juge la situation est préoccupante.

En effet, les flammes ont fait quatre blessés, mais le bilan aurait pu être bien plus lourd puisqu’environ 400 personnes vivaient dans ce squat. Si 80 d’entre elles ont été relogées provisoirement dans des gymnases pour les familles et des chambres d’hôtel pour les personnes isolées, l’incident illustre l’état d’insalubrité dans lequel vivent quelque 880 habitants des sept squats et bidonvilles recensés par Médecins du Monde.

Dans l’ensemble de ces lieux suivis par Médecins du Monde, nous craignons à tout moment des accidents graves tant ils sont tous marqués par l’insalubrité et l’insécurité pour leurs habitats, insiste l’ONG.

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Médecins du Monde avait alerté les pouvoirs publics

La situation n’est pas nouvelle, puisque le 10 février dernier, l’organisation humanitaire avait déjà interpellé la préfecture et la municipalité à ce sujet. Rappelant que « le droit à l’eau et à l’assainissement constitue un droit de l’Homme indissociable des autres droits de l’Homme », elle regrettait qu’aucun groupe de travail n’ait été constitué pour « étudier les actions à mettre en œuvre afin d’améliorer les conditions sanitaires » des habitants des squats et des « bidonvilles ». Un engagement qui aurait pourtant été pris par les pouvoirs publics, il y a déjà neuf mois, à la suite d’une précédente lettre de Médecins du Monde. L’ONG constatait aussi :

Aucun habitant des sept sites recensés « n’a reçu de proposition de relogement dans les deux dernières années et tous ceux qui ont fait des demandes pour sortir de leur bidonville ou squat se sont vu opposer un refus. »

En parallèle de cette lettre ouverte, Médecins du Monde avait dressé le tableau des conditions d’accès à l’eau et l’électricité pour chaque squat et bidonville. Le 27 janvier 2017, l’organisation a ainsi constaté la présence d’environ 350 personnes dont 120 enfants, au squat des Arènes. Et pour tout ce monde :

Un robinet extérieur non hors-gel. Arrivée d’eau irrégulière et aléatoire dans certains bâtiments. Toilettes insalubres ou hors d’usage.

Des « branchements électriques très dangereux » venaient compléter le tableau, selon l’association.

L’urgence sanitaire face au temps long administratif

Au moment de la publication de cet article, les services de la préfecture n’avaient pas encore répondu à nos sollicitations. En revanche, interrogés sur ces questions, ceux de la mairie précisent qu’ils ont déjà réagi, cet hiver, lorsqu’on les a prévenus de la situation sanitaire au squat des Arènes. Même si le bâtiment appartient à un particulier : « Nous avons mis un point d’eau à l’entrée du site et nous avons aussi fait appel à un prestataire privé pour son entretien. » Et de préciser :

Aujourd’hui à part à l’impasse Barthes et à Ginestous, il n’y a plus un bâtiment appartenant à la mairie qui est squatté.

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Sur ces deux sites, la mairie explique avoir entrepris les démarches administratives adéquates pour expulser les squatteurs. Des démarches qui peuvent prendre un certain temps :

Quand nous sommes propriétaires d’un lieu squatté, nous demandons au tribunal administratif, une expulsion. Il statue et s’il nous donne raison, nous envoyons un huissier pour demander aux squatteurs de s’en aller. Et s’ils ne le font pas, on fait appel à la préfecture qui fait intervenir les forces de l’ordre ou on trouve une solution plus sociale.

Et d’ajouter : « Nous n’avons jamais coupé l’eau et l’électricité et, quand c’est possible, nous trouvons des solutions pour maintenir l’eau. Même à Gramont, on est en train de faire des travaux pour qu’ils puissent avoir les compétences sanitaires qu’il faut. Et les conditions sanitaires sont de la compétence de l’ARS. »

La mairie va rencontrer Médecins du Monde

Pour ce qui est des terrains occupés par des camps de fortune – et la mairie reconnaît qu’elle en possède quelques-uns dans cette situation – l’expulsion demande, elle aussi, un « travail de longue haleine avec l’aide de la MOUS (Maîtrises d’oeuvre urbaine et sociale, ndlr) », comme ça a été le cas pour le camp de l’île du Ramier, en 2015, ou celui de Montaudran l’an dernier. « On fait un diagnostic social, un travail de réinsertion, de suivi… », détaille la mairie, qui intervient en partenariat avec la préfecture.

Cette dernière se charge alors de la prise en charge des étrangers vivant dans ces squats et ces camps. Encore une fois, ces procédures demandent du temps, quand Médecins du Monde réclame une action rapide pour améliorer les conditions de vie des personnes en difficultés, en attendant de pouvoir les reloger. La municipalité semble prête à entamer le dialogue avec l’ONG :

On a eu une proposition de rendez-vous à la mairie le 18 avril, fait ainsi remarquer Isabelle Malet, secrétaire de la délégation de Médecins du Monde en Midi-Pyrénées.

Durant l’entretien, les élus en charge de la question devront répondre à une question simple :

Comment une telle situation peut-elle être possible, au 21e siècle, dans la cinquième puissance économique mondiale, dans une ville aussi historiquement marquée par sa tradition d’accueil ?

Michael Ducousso

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