Société Titulaire du Capes mais sourde : après un long combat, Janick peut enfin enseigner, à Toulouse

Titulaire du Capes depuis 2015 mais sourde, Janick Leclair a reçu le feu vert du rectorat de Toulouse pour enseigner dans l'académie. Un véritable soulagement pour la jeune femme.

Publié le : 15/03/2017 à 12:58
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Janick Leclair va enfin pourvoir enseigner, au lycée Bagatelle de Saint-Gaudens, au sud de Toulouse (Photo : Lola Monset)

Happy end pour Janick Leclair. Le 10 février 2017, nous vous relations en exclusivité l’histoire de cette jeune femme, titulaire du Capes (Certificat d’aptitude au professorat du second degré) de lettres modernes depuis juillet 2015 mais dont la surdité – contractée à l’âge de cinq ans suite à une méningite – l’empêchait d’exercer devant des élèves.

Déclarée inapte en juillet 2016

Un an plus tard, en juillet 2016, la médecine de prévention du rectorat de Toulouse la déclarait inapte « pour état de santé incompatible avec la fonction ». La douche froide pour l’enseignante toulousaine, qui avait obtenu à la rentrée 2016 un poste de professeure de français au lycée Bagatelle de Saint-Gaudens, sous-préfecture de Haute-Garonne. Et une dure réalité, alors qu’elle était l’auteure d’un mémoire intitulé Comment enseigner dans une classe d’entendant quand on est sourd

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Mais début mars 2017, la situation de Janick Leclair a fini par évoluer favorablement. En effet, une nouvelle expertise a amené le comité médical départemental, instance placée sous l’autorité du rectorat, à la déclarer finalement « apte à l’enseignement ».

« Maintenant, je dois faire mes preuves comme les autres profs »

Je suis soulagée, confie Janick à Côté Toulouse. J’espère que mon combat va contribuer à faire évoluer les mentalités sur la peur de la différence. En tout cas, je tiens à dire que le rectorat a toujours essayé de trouver des solutions, avec bienveillance. Je fais partie de leurs effectifs depuis septembre 2016 et ils n’ont jamais cherché à m’écarter. Maintenant, je dois faire mes preuves comme tous les autres profs.

Le rectorat de Toulouse, qui a suivi l’avis d’aptitude du comité médical départemental, précise que la prochaine étape sera de « définir, avec la médecine de prévention du rectorat, les aménagements de poste. Nous lancerons la procédure de recrutement d’un assistant APSH (Assistant auprès du personnel en situation de handicap, ndlr) ».

« La différence est le ciment de notre société »

Dans quelques temps, Janick Leclair pourra enfin commencer sa nouvelle vie de professeur stagiaire au lycée Bagatelle. Et laisser libre cours à sa passion d’enseigner. Comme les autres profs.

Je suis ravie et effrayée parce que je m’apprête à faire le plus beau métier du monde, qui est également un des plus difficiles. Je veux rendre hommage à toutes ces femmes et tous ces hommes dont la responsabilité est énorme et le courage, exemplaire. C’est un métier passionnant mais les conditions de son exercice en France ne sont pas optimales.

Janick espère enfin faire valoir sa vision de l’enseignement, qui va de pair avec sa vision de la société. « Je prends acte de l’énorme responsabilité qui m’est donnée, de devoir montrer qu’avec un handicap, on peut enseigner. Ce rôle de pionnière est un acte politique aussi : celui de faire en sorte que demain, nous ne soyons pas que des Barbie et des Ken tous semblables, mais que la différence est le fondement même, le ciment de la société. Et pour qu’elle fonctionne harmonieusement, il faut que la considération et l’intégration de tous, quelle que soit sa différence, ne reste pas seulement sous forme de concepts récités main sur le coeur ».

Photo de Anthony Assemat

Anthony Assemat

Journaliste, chef d'édition à Côté Toulouse
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