Actualité Terrasses sur berges, circulation inversée : le projet pour le canal du Midi, à Toulouse

Exclusivité Côté Toulouse. L'urbaniste Joan Busquets fourmille d'idées pour réaménager le canal du Midi au cœur de Toulouse. Voici son plan pour rendre son lustre à la voie d'eau.

Publié le : 10/02/2017 à 07:19
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Les berges du canal entre le port Saint-Sauveur et la Halle aux Grains telles qu'elles ont été imaginé par les étudiants du DSA d'architecte-urbaniste de l'école d'architecture de Marne-la-Vallée. (Document non contractuel EAVT Marne-la-Vallée)

Le canal du Midi retrouvera-t-il son lustre d’antan, à Toulouse, dans les années à venir ? Classé à l’Unesco depuis 1996, l’oeuvre de Pierre-Paul Riquet a largement été mise à mal par l’urbanisme galopant et le trafic routier croissant sur ses berges.

Trop de voitures au bord du canal du Midi

Le canal du Midi, une œuvre en déshérence dans la Ville rose, mais sur laquelle planche dès à présent l’urbaniste catalan Joan Busquets, l’aménageur du centre-ville qui a posé il y a déjà quelques années son diagnostic sur l’attractivité de cette voie d’eau  :

Le canal dans la ville est trop lié à l’usage de la voiture. C’est un espace que l’on peut améliorer, mais sa reconversion implique une vision globale de son environnement, de façade à façade.

Une reconversion que Joan Busquets est en train d’envisager depuis le port de l’Embouchure jusqu’au pont des Demoiselles, avec toute une série de mesures phares qui devront permettre à moyen et long terme de reconquérir les berges, de supprimer certaines voies de circulation et d’aménager de nouveaux espaces publics comme Paris l’a fait il y a quelques années en bord de Seine.

Le parvis Matabiau sera la première étape

Ce plan sur lequel travaille Joan Busquets pourrait, si la collectivité le valide dans sa totalité, s’étaler sur les quinze prochaines années, mais certains projets vont déjà démarrer dans les prochains mois. C’est le cas des travaux du parvis Matabiau, qui vont débuter en 2018, dans la foulée de la réalisation de la rue Bayard.

Rénové, le parvis historique sera plus aéré, comportera quelques arbres et verra les deux voies de circulation ramenées à une seule.

« Le boulevard devant le gare sera plus agréable à tous les points de vue, plus facile à circuler, que cela soit en vélo ou à pied. Le parvis sera élargi, ce qui donnera un espace très clair et une nouvelle vision sur la ville et sur le canal. Le dépose-minute va être déplacé, une autre rangée d’arbres sera plantée et les voitures ne pourront plus traverser le canal devant Matabiau ».

Quant à l’écluse, une étude en cours envisage une opération transitoire qui nous permettrait de la couvrir via une plateforme en bois afin d’élargir le parvis. Au final, le projet du parvis historique sera totalement compatible avec notre vision pour l’ensemble du canal, indique Joan Busquets.
Le parvis historique de Matabiau tel qu'il pourrait être en 2020 -(Document non contractuel de Tisséo).
Le parvis historique de Matabiau tel qu'il pourrait être en 2020. (Document non contractuel de Tisséo)

Le sens de circulation inversé au bord du canal

Le parvis historique sera en fait le point de départ et sans aucun doute le laboratoire de tous les aménagements futurs.

« Nous avons réfléchi à un aménagement du parvis tel qu’il puisse être réversible quand l’inversion du sens de circulation que nous envisageons à moyen terme sera effective », explique Joan Busquets.

Dans quelques années, les voitures qui passeront devant la gare arriveront depuis Marengo, mais surtout elles pourront remonter uniquement par la droite le canal du Midi depuis le pont des Demoiselles.

Le but c’est d’inverser le sens de circulation sur les boulevards le long du canal, mais aussi d’élargir les trottoirs et d’implanter une nouvelle végétation. De l’Embouchure au pont des Demoiselles, dans les dix ans qui viennent, il y a de bonnes possibilités de diminuer le trafic automobile de transit le long du canal, notamment avec des transports en commun plus efficaces. Cela demande une réflexion sur le plan global de circulation en ville, mais ceci n’est pas forcément très compliqué, indique l’urbaniste.

Recréer des liens entre le canal et le centre-ville

Cette « rationalisation du trafic » va ouvrir de nouvelles perspectives. Ces perspectives ont été mises sur la table dans le cadre d’une étude commandée par Toulouse Métropole et restituée fin 2016 par ses auteurs, des étudiants en urbanisme à l’école d’architecture de Marne-la-Vallée. L’étude reprécise l’environnement actuel du canal, ses atouts naturel et, patrimoniaux ainsi que quelques ensembles urbains majeurs aujourd’hui peu mis en valeur car un peu excentrés du centre-ville. L’idée, comme cela a été fait avec la Garonne depuis 2010 dans le cadre du Grand Parc Garonne, serait de recréer le lien cassé entre le canal et les quartiers alentours.

Une idée que pousse aussi Joan Busquets : « Cette étude montre comment, en jouant sur les bâtiments autour du canal, en les rendant plus perméables et accessibles, la capacité de densification existe. Les berges, actuellement occupées par une végétation abusive qui cache la voie d’eau, sont aussi récupérables. C’est ce que nous allons expérimenter devant Matabiau en jouant avec le miroir d’eau que pourra alors constituer le canal ».

L'idée partagée par les étudiants de l'école d'architecture de Marne-la-Vallée et Joan Busquets et de remettre en valeur l'espace entre le Grand Rond et la Halle-aux-Grains - (Document non contractuel des 2tudiants du DSA s'architectes urbanistes de l'école d'architecture de Marne-la-Vallée EAVT Marne-la-Vallée).
L'idée partagée par les étudiants de l'école d'architecture de Marne-la-Vallée et Joan Busquets et de remettre en valeur l'espace entre le Grand Rond et la Halle-aux-Grains - (Document non contractuel des 2tudiants du DSA s'architectes urbanistes de l'école d'architecture de Marne-la-Vallée EAVT Marne-la-Vallée).

Un boulevard vert entre les parcs de la ville

L’idée finale serait de faire un boulevard vert qui ferait un lien entre les différents parcs de Toulouse, celui de l’Embouchure, celui de Compans, l’espace Raynal qui va être créé près de Matabiau, les ramblas de Jean-Jaurès et enfin le Grand Rond, détaille Joan Busquets.

L’urbaniste ne manque pas d’idées pour faire le lien entre le Grand Rond et le canal du Midi. Le parking, qui lie les deux espaces, disparaîtra à terme pour laisser place à une promenade. Dans le prolongement, c’est le bord du canal qui pourrait être réaménagé entre le port Saint-Sauveur et la Halle aux Grains.

Trémies supprimées, terrasses aménagées, jardin reconstitué

À terme, les trémies routières (ces voies qui permettent d’éviter certains embranchements)  situées le long du canal pourraient être supprimées, car on voit bien qu’elles ne servent à rien aujourd’hui, en cela que les automobilistes se retrouvent rapidement à l’arrêt avec les feux tricolores suivants. L’espace laissé libre par la suppression des trémies permettrait de créer des aménagements à destination des vélos et des piétons. L’idée serait d’enlever l’asphalte pour retrouver la pierre d’antan qui bordait le canal. Du Grand Rond à la Halle aux Grains, nous aurions alors un vrai jardin, précise Joan Busquets.

Une philosophie développée par l’étude des étudiants de Marne-la-Vallée pour qui les ports Saint-Sauveur et l’ancien port Saint-Étienne (aujourd’hui disparu) « constituent une séquence exceptionnelle et une première image de la ville pour les touristes ».

Avec ce projet porté par Busquets, outre le canal du Midi, c’est donc certains quartiers situés en marge des animations actuelles de la Ville rose qui pourraient se retrouver à nouveau en première ligne des attentions. Dans les années à venir, c’est bien la relation entre les habitants et leur canal qui va être radicalement transformée par de grands aménagements. Une relation pratiquement rompue depuis l’aménagement des berges en boulevards urbains routiers dans les années 60.

Les berges du canal entre le port Saint-Sauveur et la Halle-aux-Grains telles qu'elles ont été imaginé par les étudiants du DSA s'architectes urbanistes de l'école d'architecture de Marne-la-Vallée -(Document EAVT Marne-la-Vallée).
Les berges du canal entre le port Saint-Sauveur et la Halle-aux-Grains telles qu'elles ont été imaginé par les étudiants du DSA d'architecte-urbaniste de l'école d'architecture de Marne-la-Vallée. (Document non contractuel EAVT Marne-la-Vallée).

Photo de David Saint-Sernin

David Saint-Sernin

Journaliste
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