Invités [Blog Rugby] Stade Toulousain - Oyonnax : les rouge et noir en mode "Coupe du monde 2011"

C'est pas beau mais ça passe. Le Stade Toulousain a arraché sa place en demi-finale et retrouve sa victime favorite : Clermont. Le résumé d'Ovale Masqué.

Publié le : 01/06/2015 à 11:50
comp Stade toulousain Oyonnax
Tialata transformé en Jenga par le pilier d'Oyonnax ( Phot DR)

Enfin, c’est l’heure des phases finales ! Après avoir passé une saison entière à se faire chier à Ernest-Wallon, enfin nous avions le privilège d’assister à des matchs couperets, la chance de connaître le frisson si particulier de ces rencontres sur lesquelles toute une saison se joue.

Sauf qu’en fait, à la place, on a eu un bon gros match de Top 14 à domicile samedi 30 mai. Haché. Pénible. Globalement chiant, même si on peut toujours se dire qu’il y avait de « l’intensité », du « combat » et tous ces trucs auxquels on se raccroche quand on est pas capables d’enchaîner trois temps de jeu. Un match que les Rouge et Noir auront remporté sur le fil grâce à leurs golgoths sur le banc de touche, et à un bel essai (c’est déjà ça) alors qu’ils auraient peut-être bien mérité de perdre. En gros, on a vu le match qu’on a déjà vu 12 fois cette saison, que ce soit contre Bayonne, Lyon, Bordeaux ou Oyonnax – déjà. D’ailleurs, en août dernier, on les avait déjà battus d’un point.

La déception était donc au rendez-vous samedi, en particulier pour les journalistes friands de storytelling qui voyaient là se terminer le parcours de l’USO, qui avait le potentiel pour nous offrir un remake de l’épopée castraise de 2013 – sauf que ça aurait été encore mieux, parce qu’Oyonnax c’est des vrais pauvres, pas des hobbits modifiés génétiquement par les laboratoires Pierre Fabre.

Le seul événement de ce match aura finalement été Guy Novès, qui a donc vécu son dernier match à Ernest-Wallon sur le bord de la touche. Un départ qui nous fait un peu la même impression que lorsque l’on va faire piquer un animal de compagnie : on est triste de perdre un compagnon de longue route, mais on se dit qu’au vu de l’état déplorable dans lequel il était depuis un moment, c’était quand même mieux d’en finir.

La compo

Pas de grosse surprise. En l’absence d’Imanol Harinordoquy et de Gregory Lamboley, Guy Novès était obligé, sans doute à contre-coeur, de titulariser Yannick Nyanga dans un match de phase finale. Suspendu, Johnston laissait sa place à Tialata, ce qui revient à peu près à la même chose en mêlée, mais au moins Census a une coupe de cheveux marrante lui. Pour le reste, c’est du classique avec la charnière Bézy-Flood. Florian Fritz a été préféré à Yann David au centre, car lancer Yann David sur 15 mecs fatigués à la 60ème minute, c’est aussi jouissif qu’écraser des insectes avec un 4×4 télécommandé.

 

La composition du Stade Toulousain contre Oyonnax en barrage
La composition du Stade Toulousain contre Oyonnax en barrage

Le film du match

1ère minute : Le match débute plutôt bien pour Toulouse qui rentre dans les 22 mètres d’Oyonnax après une charge de Picamoles. Mais les Ours parviennent à récupérer le ballon au sol et à se dégager.

2ème : Pica est chaud, il joue une pénalité rapidement dans une position dans laquelle McAlister aurait pu tenter de tirer au but. Par contre il n’a pas l’intention de se servir de ses mains pour faire des passes et nique une bonne situation de surnombre.

5ème : Sur une situation d’avantage, Toby Flood tape à suivre et Urdapilleta nous offre une superbe reprise de volée acrobatique. Sans doute encore un argentin qui a terminé au rugby parce qu’il était frustré de ne pas être le nouveau Maradona. L’arbitre revient à la pénalité et Flood ouvre le score à 45 mètres en face des poteaux, 3-0.

 

Le high kick de Guile dans Street Fighter 2, toujours redoutable.
Le high kick de Guile dans Street Fighter 2, toujours redoutable.

9ème : Bézy tente de s’échapper le long de la ligne de touche et se prend une belle cravate. Comme d’habitude Yoann Huget va chambrer un samoan qui fait 20 kilos de plus que lui et part se cacher quand il voit qu’il risque de s’énerver. Flood tape en touche sur une nouvelle pénalité qui aurait pu être tentée : ça y est, Guy Novès est déjà parti !

10ème : Les Rouge et Noir sont tout près de la ligne. Après une série de pick and go, ils décident d’ouvrir au large. Mais McAlister envoie une passe en pleine tête de Vincent Clerc, qui n’avait strictement rien à foutre juste à côté de lui. Autant l’ancien ne dérange personne quand il fait la sieste sur l’aile, mais là… Toulouse récupère quand même une pénalité, transformée par Flood. 6-0.

14ème : Les Oyonnaxiens réalisent enfin qu’ils sont vraiment en train de disputer un match de phase finale – en même temps tout le monde avait cru à une blague. Sur leur premier ballon, ils partent sur un ballon porté et obtiennent une pénalité. Urdapilleta la passe, 6-3. Un ballon, 0 passes, 3 points… y’en a qui ont bien mérité leur réputation de casse-couilles.

15ème : Belle action toulousaine avec Picamoles qui passe au contact pour Maestri, qui lance Dusautoir dans l’intervalle. Il y a un avant de 10 mètres mais personne ne l’a vu, ça nous rappelle la belle époque du Stade. Finalement l’action ne donne rien après un en-avant de Flood. Tian récupère le ballon et tape à suivre, et l’Anglais nous fait une belle Dominici en traînant sa jambe pour le faire tomber. Mais comme c’est bien fait, il ne prend qu’une simple pénalité.

21ème : Flood encore. Cette fois, la plus belle paire d’oreilles du Top 14 décide de taper une transversale pour faire comme s’il était Jonny Wilkinson. Le ballon termine dans les mains de Clément Poitrenaud. Malheureusement ce dernier était en tribunes.

22ème : Denos trouve une superbe touche à 5m de la ligne toulousaine. Sur l’alignement qui suit, Flood dévisse son dégagement.

24ème : Bonne séquence d’Oyo qui enchaîne les temps de jeu dans les 22m. Urdapilleta tente un drop mais c’est raté.

26ème : Jusque-là, la mêlée tenait plutôt bien la route. Mais Tialata commence son show et se fait manger par Tichit, qui selon mon voisin aux yeux bioniques, pousse en travers comme Gutro Steenkamp un jour de finale de Top 14.

27ème : Oyo gâche une bonne munition avec Jenneker qui tente une feinte de lancer en touche. Si c’était légal, tout le monde le ferait à chaque fois hein.

29ème : McAlister déchire la défense d’Oyonnax, avant de réaliser un superbe cadrage-débordement sur lui-même et de plaquer la pelouse. N’est pas Cédric Heymans qui veut. Le Stade récupère quand même une pénalité dans l’affaire quand Cibray commet une faute d’anti-jeu. Il récolte un carton jaune au passage. Flood la passe, 9-3.

33ème : Encore une pénalité en mêlée sifflée contre notre champion du monde préféré. Comme quoi, recruter en prenant le meilleur CV, c’est pas toujours une bonne idée (mais je voudrais pas faire flipper la FFR).

37ème : L’USO s’appuie encore sur un ballon porté pour se rapprocher de la ligne toulousaine. Derrière, les dresseurs d’ours partent sur une longue séquence de pick and go. Pénalité. Ils décident de prendre la touche plutôt que les trois points, nouvelle séquence de pilonnage de la ligne. C’est moche, mais c’est efficace, et le trois quart centre Paea finit par franchir la ligne comme un avant. Urdapilleta transforme, 9-10.

40ème : Vous ne rêvez pas, Oyonnax mène contre le Stade Toulousain à la mi-temps. En match de barrage de Top 14. À Ernest-Wallon. En ayant marqué un essai alors qu’ils jouaient à 14. Pour le coup, c’est un peu mal payé pour les locaux qui ont dominé les débats pendant 30 bonnes minutes. Mais en dehors des percées de Dusautoir et McAlister, on aura plus vu d’en-avant que d’occasions d’essais.

 

Après le phénomène du dad-bod, Christophe Urios va rendre les manboobs tendance.
Après le phénomène du dad-bod, Christophe Urios va rendre les manboobs tendance.

41ème : Tialata a vraiment envie de finir en barbecue sur la place du Capitole. Alors que les Toulousains sont aux abords des 22 d’Oyonnax, le néo-zélandais perd le ballon au contact. Derrière, Denos tape dans le fond du terrain et Huget réussit à se coucher sur le ballon, avant que Flood n’arrive pour dégager en catastrophe.

43ème : Grosse séquence de domination de l’USO dans les 22 toulousains. La défense tient bon mais se met à la faute. Urdapilleta continue d’enquiller, 9-13.

46ème : Vincent Clerc touche enfin un ballon et nous offre sa fameuse course de travers au ralenti. Urdapilleta le stoppe avec une cuillère. Le geste, pas l’objet. Même si ça aurait sûrement marché aussi.

48ème : Tialata est définitivement victime d’une fracture de l’ego alors que Tichit est à deux doigts de l’héliporter en dehors du stade après une mêlée. Il sort sur blessure, remplacé par Dorian Aldgheri. Urdapilleta passe un nouveau coup de pied, 9-16. Ça commence à sentir comme le slip de Gillian Galan après 80 minutes de rugby jouées sous 35 degrés.

50ème : Le Stade réagit enfin. McAlister prend encore le trou au centre et se fait rattraper à 10 mètres de la ligne. Derrière, Nyanga enclenche le mode Picamoles et tente d’y aller tout seul alors qu’il y surnombre sur l’aile. Il termine dans l’en-but mais ne réussit pas à aplatir en-but à cause du bon plaquage de Denos. L’arbitre stoppe l’action pour demander la vidéo alors que Nyanga s’apprêtait à transmettre le ballon à Dusautoir pour l’essai. Ça aurait été con de voir trop d’essais dans un match de phase finale.

52ème : Sur la mêlée, Aldegheri fait bien mieux que Tialata et Tichit se fait pénalisé. Flood passe les points, 12-16. Au fait, il fait quoi l’année prochaine Aldegheri ? Ah oui, il est prêté à Carcassonne. Bien joué.

54ème : Oyonnax est un peu moins bien et décide donc se rassurer avec, devinez quoi ? Un ballon porté ! Bon par contre comme ils sont pauvres, personne ose vraiment dire que leur jeu est très chiant. Sur le ruck qui suit, Tekori qui vient de rentrer en jeu gratte le ballon et récupère une pénalité qui fait du bien.

55ème : À l’entrée des 22 oyonnaxiens, McAlister tape pour trouver une touche à 5 mètres. C’est bien fait mais c’est quand même un peu con de perdre le ballon.

59ème : Les puceaux Aldgheri et Baille mettent la première ligne adverse à la faute. Flood passe son coup de pied, 15-16.

64ème : Galan commet un en-avant à 10 mètres de la ligne. Grosse occasion pour Oyo mais encore une fois Tekori vient gratter le ballon au sol et sauve la barraque.

67ème : Albacete se met à la faute dans le jeu au sol. À 45 mètres en coin, Urdapilleta rajoute 3 points de plus, 15-19.

70ème : Encore une faute dans un ruck, de Dusautoir cette fois. Derrière, Oyonnax tape en touche et enchaîne sur une bonne séquence de jeu, mais Ma’afu lâche le ballon à l’impact. Le cuir revient dans les mains d’Aldegheri qui relance immédiatement. La suite, vous la connaissez déjà : 16 temps de jeu, une action de plus de 2 minutes 30 de n’importe quoi, avec 6 passes dans le vide, un bon gros en-avant entre Bézy et Albacete – on dira qu’on l’a pas vu – et au bout de la route, un essai de Cyril Baille en coin. Donc même pour courir sur 2 mètres le long de la ligne de touche et plonger dans l’en-but, Vincent Clerc n’est plus là. Flood rate la transfo mais le Stade repasse devant, 20-19.

77ème : Les « Oyomen » – ce qui reste le surnom le plus pourri de l’Ovalie, juste après « Ovale Masqué » – sont cramés et commencent à sortir du match en commettant deux fautes à la suite. À 60 mètres des poteaux, Guy Novès demande à Luke McAlister de tenter une pénalité impossible, plutôt que de taper le ballon en touche pour le conserver. Big Mac la rate. Préparez vous les gars : 4 ANS.

 

Avec Guy Novès, on perd également le meilleur imitateur de Robert de Niro de la région Midi-Pyrénées.
Avec Guy Novès, on perd également le meilleur imitateur de Robert de Niro de la région Midi-Pyrénées.

78ème : Les Oynnaxiens sont tout aussi cons puisqu’ils aplatissent le ballon dans l’en-but pour jouer le renvoi, au lieu de relancer et de s’assurer d’avoir une dernière possession. Le Stade passe en mode Munster en enchaîne les pick and go, avant que Jean-Marc Doussain ne balance le ballon en touche. Toulouse 20, Oyonnax 19. Le speaker se met à chanter « On est en demie ». Tout seul, vu que le public a l’air de s’en foutre. ICI, ICI, C’EST TOULOUSE !

 

Les Soldats de l’Empire Capitolistes :

Le scénario aura donc été prévisible de bout en bout : Une première ligne qui se fait bouger, Oyonnax qui fait déjouer les Stadistes pendant une bonne heure, puis la rentrée de l’artillerie lourde pour aller arracher la victoire. Au moins, ça a été fait sur un bel essai collectif et pas sur une interception pourrie de Yoann Huget, ce qui est quand même un peu plus respectueux pour les Oyomen. Si la victoire est laide, elle reste tout de même méritée, et le match aurait peut-être été moins compliqué si deux ou trois situations d’essais n’avaient pas été mangées par des maladresses ou des excès d’individualisme.

Parmi les joueurs qui se sont particulièrement illustrés, on peut citer Pato Albacete, qui a encore réalisé un match de guerrier pendant 80 minutes, Corey Flynn toujours aussi solide, Dusautoir et Nyanga enfin associés ensemble en match de phase finale, Bézy qui a été à la hauteur de son nouveau statut, Flood qui a mis les points qu’il fallait et bien animé le jeu malgré quelques maladresses au pied. La bonne nouvelle, c’est aussi et surtout que Luke McAlister s’est enfin sorti les doigts et semble enfin accepter de jouer au centre. Samedi il avait envie de jouer, et quand il a envie de jouer, il est sacrément dur à arrêter.

Enfin mention spéciale au banc donc, avec un Joe Tekori décisif (deux ballons grattés en plus de sa puissance de Diplodocus), Gillian Galan parfait remplaçant de Picamoles, Yann David en mode je-te-marche-sur-la-gueule et Aldegheri et Baille qui ont stabilisé la mêlée et apporté dans le jeu courant. Maintenant, le problème, c’est qu’on va jouer des équipes qui ont aussi 12 internationaux sur le banc, et que le coaching risque d’être un peu moins efficace.

La suite : Clermont

En exclusivité, voici le programme de la semaine :

Lundi : Clermont est favori

Mardi : Clermont nous a battus deux fois cette année

Mercredi : Clermont est vice-champion d’Europe

Jeudi : Clermont est une référence

Vendredi : On était relégable, une demie c’est déjà une victoire, on va savourer puis partir en vacances.

Samedi : On gagne.

Sur le papier, le Stade Toulousain est sans doute le moins bon des quatre demi-finalistes. Heureusement, Clermont reste Clermont. Entre se chier dessus en demi-finale contre leurs bourreaux des années 2000, et se chier dessus en finale contre leurs bourreaux des années 2010, les Jaunards vont sans doute hésiter un bon moment.

C’est là la chance du Stade Toulousain qui pourrait bien aller accrocher une finale en mode « Coupe du monde 2011 » : une saison pourrie, un jeu tout moche mais un gros mental et une bonne grosse dose de French Chatte. Et après, qui sait ? Si Dieu existe, il est certain qu’il a un poster de Guy Novès dans sa chambre, et le vieux gourou pourrait bien s’offrir un dernier Bouclier de Brennus avant d’aller faire joujou avec les journalistes en salle de presse à Marcoussis.

Mais avant de rêver à un happy end, commençons par « respecter ces Clermontois ». Il faut bien quelqu’un le fasse vu qu’eux-même ne se respectent pas.

 

Guy Novès qui quitte définitivement Toulouse ? Mon oeil.
Guy Novès qui quitte définitivement Toulouse ? Mon oeil.

Toulouse, 31
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