Actualité Risque de pollution, amiante... L'exploration d'une mine suscite l'inquiétude, au sud de Toulouse

Un arrêté accordant un permis de recherches sur l'ancienne mine de Salau, près de Toulouse, vient d'être publié au Journal Officiel. Pourquoi l'autorisation fait-elle polémique ?

Publié le : 04/04/2017 à 07:22
À Couflens, une association est à l’origine d’une pétition pour s’opposer à la réouverture de la mine. (Photo DR)
À Couflens, une association est à l’origine d’une pétition pour s’opposer à la réouverture de la mine. (Photo : DR)

Il s’agirait du premier gisement mondial de tungstène. « Ce métal qui entre dans la composition du superalliage est beaucoup utilisé dans l’électronique, mais aussi dans les réacteurs pour l’aéronautique ou le blindage dans l’armement », explique Michel Bonnemaison, directeur général de Variscan Mines, à l’origine du projet de recherches minières.

Actuellement, le tungstène est principalement exporté de Chine.

Ce métal non substituable est pourtant stratégique pour l’Europe, poursuit Michel Bonnemaison.

Sa société a obtenu un permis d’exploration sur l’ancien site minier de Salau, à Couflens (Ariège). Plus de 14 000 tonnes de tungstène avaient été extraites de la mine entre 1971 et 1986. Elle est aujourd’hui fermée.

« Des analyses sur les poussières de la mine menées par des experts avaient dévoilé la présence d’actinolite fibreuse, la plus dangereuse des variétés d’amiante », rappelait Henri ­Richl, maire de Couflens, à Côté Toulouse, en août 2016.

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Obtention d’un permis de recherches

L'entrée de l'ancienne mine du Salau (Photo DR)
L'entrée de l'ancienne mine du Salau (Photo DR)

Entre temps, le dossier a connu un sérieux coup d’accélérateur. L’arrêté accordant un permis exclusif de recherches a été publié, samedi 11 février 2017, au Journal officiel et les études devraient débuter « dans les semaines à venir », précise Michel Bonnemaison.

Variscan Mines prévoit d’investir 25 millions d’euros d’ici quatre à cinq ans afin de financer les études.

L’impact sur l’environnement sera quasi nul, assure le directeur général de Variscan Mines. Les sondages se feront à l’intérieur de l’ancienne mine. Une trentaine d’employés seront mobilisés durant la période.

Ce permis d’exploration ne permet pas à la société de construire une mine. Si cette phase d’exploration permet la découverte d’un gisement exploitable, l’entreprise devra effectuer une demande d’exploitation minière. En attendant, Variscan Mines s’engage à financer des « études approfondies » sur la présence d’amiante dans le gisement. Ces dernières seront réalisées par un « tiers indépendant ».

La filiale française du groupe australien Variscan pose trois conditions pour une éventuelle demande de concession à l’État, propriétaire de la mine.

Premièrement, le tungstène devra être « en quantité et en qualité » suffisante. Les réserves calculées à l’époque n’étaient que de 5 000 tonnes. « C’était un calcul artificiel », estime Michel Bonnemaison. « Plus aucun sondage n’était engagé. L’exploitation de l’ancienne usine était coûteuse, alors que la Chine exerçait au même moment une forme de dumping. On assistait à l’époque à un effondrement des cours. Grâce aux progrès scientifiques, notamment en raison de l’évolution des moyens d’extraction, nous tablons sur 50 000 tonnes de tungstène, au minimum ».

Rappelons que le cours de ce métal très dur et résistant aux hautes températures est actuellement de 25 000 dollars la tonne !

Deuxièmement, « le projet n’aura pas lieu si la présence de contaminants divers (arsenic, amiante…) entraîne de trop lourdes dépenses d’exploitation ». Troisièmement, l’exploitation devra être conditionnée à « une concession de longue durée ».

Le montage financier interroge

Associée à Apollo Minerals, une autre société à capitaux australiens, Variscan Mines n’aura pas les moyens de mener seule l’exploitation du site minier. « Nous devrons avoir recours à une levée de fonds et faire entrer de nouveaux actionnaires au capital », reconnaît Michel Bonnemaison. De quoi susciter l’inquiétude au niveau local. Une association est d’ailleurs à l’origine d’une pétition contre la réouverture de la mine.

Le seul but de Variscan est de revendre très cher un permis qu’ils ont obtenu gratuitement de la part de l’État, au mépris de l’avis et de l’opposition des populations locales, met en cause Jacques Renoud, adjoint au maire de Couflens et co-président de l’association Stop Mine Salau.

Ce dernier dénonce le montage financier autour du permis d’exploration de la mine, jugé particulièrement lucratif pour les actionnaires.

Surtout, « ce permis a été accordé par l’État en dépit de tous les problèmes sanitaires et de santé publique qui ne manqueront pas de survenir, de tous les problèmes environnementaux et de pollution qu’il va générer », estime l’élu local.

À l’évidence, Variscan Mines prévoit des travaux d’ouverture de galeries de l’ancienne mine, connues pour contenir de l’amiante de la variété des amphiboles, sous forme d’actinolite et de trémolite, peut-on lire dans un courrier de la mairie de Couflens adressé à la préfecture de l’Ariège. Nous sommes en terrain amiantifère dès cette phase initiale. Il ne peut donc être question de commencer les moindres travaux préparatoires sans s’inscrire dans les méthodes d’intervention en terrain amiantifère, sachant que le principe de référence de l’ensemble des textes réglementaires concernant l’amiante est qu’il ne doit pas y avoir d’exposition humaine à l’amiante, qu’il s’agisse d’une exposition professionnelle ou environnementale.

Contamination des eaux, stockage des déchets…

Plusieurs inquiétudes sont relayées dans ce courrier. Les opposants au projet militent pour un repérage avant les travaux d’ouverture des galeries existantes. Ce repérage « ne doit pas procéder par sondages aléatoires ».

Il importe aussi que toute évacuation de minerai « se fasse selon les règles d’évacuation et de stockage des déchets amiantés à destination de lieux de stockage susceptibles d’empêcher toute contamination aérienne ou environnementale ».

Concernant l’évacuation de l’eau contenue dans les galeries, « elle est assurément contaminée par l’amiante et par l’arsenic, ce qui signifie des risques de pollution des sources et du réseau hydrographique, si l’évacuation est prévue sans précaution. En aucun cas l’eau de la mine ne doit être évacuée dans le milieu naturel ». Les auteurs du courrier craignent le risque de contamination des eaux et rivières de la vallée.

À l’évidence, le calendrier des travaux présenté par Variscan Mines ne semble pas rassurer les associations et élus de terrain. À défaut de leur soutien, la société Variscan revendique pour ce projet dans le Couserans le soutien de 82 élus sur 90.

Hugues-Olivier Dumez

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