Histoire/Patrimoine Quand Latécoère construisait des hydravions...

Après la vente de son entreprise à Marcel Bouilloux-Lafont, l’industriel bagnérais se tourne à la fin des années 1920 vers les hydravions. Zoom sur cette période historique.

Publié le : 15/01/2017 à 11:19
hydravions, Toulouse, aéronautique, Latécoère
L'hydravion Latécoère 283 avec Mermoz à son bord (Photo : Collections Latécoère)

Pierre-Georges Latécoère, homme de défis, encore et toujours. À la fin de ces « Années folles » qui ont vu l’aéronautique s’ériger en industrie mondialisée, le Bagnérais qui a toujours frayé entre les montages financiers et les réalités politiques, ne démord jamais.

> LIRE AUSSI : Récit de la formidable épopée de Latécoère, le pionnier toulousain de l’aéronautique

Il sait qu’il conquerra l’Atlantique et l’Amérique du Sud grâce à des avions de longue portée portant son nom. Suite à la cession de la majorité de la Compagnie générale d’entreprises aéronautiques (CGEA) au magnat Marcel Bouilloux-Lafont, Latécoère dispose suffisamment d’argent frais. Il le met à profit en finançant de coûteuses études qui lui permettent de sortir de ses usines de Montaudran le Latécoère 26 (magnifié par Joseph Kessel dans Vent de sable) et le Latécoère 28, des monoplans plus rapides et plus confortables que les vieillissants Breguet XIV.

De l’exploit de Mermoz au « paquebot des airs »

Parallèlement, dans ces années 1927-28, les décideurs politiques ne jurent que par les hydravions, censés être plus sûrs que les avions. Maurice Bokanowski, le ministre du Commerce et de l’Industrie, lance un programme destiné à l’équipement d’une desserte entre l’Afrique et l’Amérique du Sud.

Le défi structurel (accroissement des matériaux et de la puissance ainsi que des équipements de navigation et de transmission) relève d’une gageure aussi risquée qu’enthousiasmante.

Assemblage sur l’étang de Biscarosse-Parentis

Après s’être assuré de l’appui des locataires successifs du tout nouveau ministère de l’Air, Latécoère fait assembler sur l’étang de Biscarosse-Parentis ses morceaux d’hydravions montés à Toulouse. Le 13 mai 1930, Jean Mermoz entre dans la légende, en assurant sur le Latécoère 28 postal transformé en hydravion, la liaison entre Saint-Louis (Sénégal) et Natal (Brésil).

Par la suite, des gros tonnages, comme le Latécoère 300, plus connu sous le nom de « Croix du Sud », un monoplan de 23 tonnes et 44 mètres d’envergure, ou encore le Latécoère 631, le « paquebot des airs » capable de transporter en 1947-48 jusqu’à 2 000 passagers sur la ligne Biscarosse-Fort-de- France, participent à la gloire de l’aventure Latécoère.

Les premiers hydravions
On doit l’invention de l’hydroaéroplane (qui prendra le nom d’hydravion en 1913) à Henri Fabre. Le 28 mars 1910, sur l’étang de Berre (Bouches-du-Rhône), le jeune ingénieur marseillais parvient, après quatre ans d’expérimentations, à faire décoller puis poser sur l’eau son appareil, muni de trois flotteurs et d’un moteur de 50 chevaux qui permet de faire tourner une hélice de 2,60 m. L’année suivante, c’est au tour du Creusois François Denhaut de perfectionner le système en intégrant l’hélice au-dessus de la coque, dotée d’une voilure. Avec son associé Jérôme Donnet, il fonde l’entreprise Donnet-Denhaut qui fournit durant la Grande Guerre une série de premiers hydravions de patrouille à la Marine française.
Dès le début des années 20, les gros porteurs à longue distance sont envisagés, à l’instar du prototype Caproni CA60, un transatlantique italien à neuf ailes, prévu pour transporter jusqu’à cent passagers, mais qui s’écrase lors d’essais sur le Lac Majeur.

Mathieu Arnal

Captcha en cours de génération.....Version audio
Changer l'image