Politique [Analyse] Présidentielle 2017. Le rendez-vous de TF1, un (bon) débat... pour rien

Le débat entre les cinq principaux candidats, lundi 20 mars 2017, a (enfin) lancé la campagne présidentielle. Mais notre chroniqueur politique est malgré tout resté sur sa faim...

Publié le : 23/03/2017 à 20:55
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Le débat entre les cinq principaux candidats a lancé la campagne présidentielle. (Photo : capture écran/TF1)

C’est inédit. Pour la première fois dans l’histoire des présidentielles, un débat d’avant premier tour a été organisé. La course à l’Élysée est traditionnellement rythmée et marquée par un duel entre finalistes. Beaucoup de Français ont encore en mémoire le choc Jospin-Chirac en 1988 ou la joute Sarkozy-Royal de 2007.

La présidentielle d’avril 2017 inaugure une nouvelle formelle : la polyphonie. Lundi 20 mars 2017, cinq candidats ont fait entendre leur voix. Le spectacle a trouvé son public. Dix millions de téléspectateurs se sont pressés devant leurs écrans plats. Des doutes existent sur la mobilisation des électeurs et la participation. Face à une campagne folle et étouffée par des bruits de casseroles, de nombreux Français se disent prêt à boycotter le scrutin.

La compétition intéresse

Mais, visiblement, la compétition intéresse. En plein début de semaine, loin du week-end et de ses grasses matinées, plusieurs millions de Français n’ont pas hésité à écorner leur temps de sommeil. Pendant plus de trois heures, les cinq principaux présidentiables ont débattu.

La confrontation a été animée. On pouvait craindre le syndrome des primaires : trop de candidats, sur un même plateau, tue le débat. En novembre 2016 et en janvier 2017, les candidats aux primaires du PS et de la droite se sont transformés en nageurs buvant la tasse : chacun dans son couloir et un débat noyé par le chronomètre.

Vieux rituel… mais le pire est évité

Le premier débat de la présidentielle a vu des échanges croisés, des interpellations et des escarmouches. Il n’était pas nécessaire de prévoir un tube de vitamine C et une boîte d’allumette pour maintenir les paupières ouvertes. TF1 a maintenu un vieux rituel (ennuyeux et stérile) de la télévision de nos grands-parents : la minute d’introduction (apprise par cœur et récitée face caméra) et la minute de conclusion (apprise par cœur et récitée face caméra).

En dépit de ces deux « plats », les échanges n’ont pas manqué de relief. Le tribun Mélenchon, la canonnière Le Pen et les saillies (parfois teintées d’humour) de Macron ont permis d’éviter le pire : une succession d’interviews alimentées par les questions des journalistes.

Macron s’est imposé

Deux sondages attribuent la palme du meilleur débatteur à Emmanuel Macron. L’Ovni (en forme de météore) de la présidentielle devait relever un défi : réussir un baptême du feu. Avant la banque Rothschild, les Ors d’Élysée et le ministère de l’Économie, Emmanuel Macron n’est jamais descendu dans l’arène politique. Le novice n’a pas simplement « survécu ». Il s’est imposé face à ses adversaires. Ce n’est pas une victoire écrasante. Mais il finit au-dessus de la mêlée et sans s’être emmêlé dans son costume neuf.

Cela étant, le bilan du débat est à somme nulle. Il s’agissait (objectivement) d’un bon moment. Mais les lignes ne bougent pas. François Fillon ne marque pas de points. Emmanuel Macron et Marine Le Pen n’ont pas renversé la table. Jean-Luc Mélenchon est celui qui a le plus grignoter de terrain. L’Insoumis de la présidentielle a incontestablement éclipsé son rival socialiste. Néanmoins, les sondages d’après débat maintiennent l’ordre d’arrivée.

Des programmes… mais pas de projet

Mais l’essentiel n’est pas là. À plus d’un mois du premier tour, les choses peuvent encore bouger. Le plus inquiétant et navrant est un constat qui ressemble à une constante. Depuis le début la présidentielle de 2017 cherche un ton, un angle, un thème. « La Fracture Sociale » de Jacques Chirac incarnait un programme. Le débat de cette semaine à partir des mieux connaître les personnalités. Toujours rien sur les programmes et surtout le projet.

Une présidentielle n’est pas une élection départementale ou municipale. Il ne suffit pas de décliner un catalogue de mesures. Il s’agit de se projeter et d’expliciter un projet. Sur ce point, le premier débat est un débat pour rien.

Laurent Dubois

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