Actualité Pourquoi les ruptures de canalisations et les inondations se succèdent à Toulouse

Une dizaine de canalisations ont causé de gros dégâts, en 48 heures, à Toulouse et sa banlieue, comme à Tournefeuille. Comment expliquer ces problèmes ? Ont-ils un lien ? Détails.

Publié le : 10/01/2017 à 07:14
Des trombes d'eau ont déferlé ce lundi 9 janvier 2017 sous le pont situé face à la gare SNCF, à Saint-Agne, où une canalisation d'eau a rompu (Photo : Côté Toulouse / Caroline Muller)
Des trombes d'eau ont déferlé lundi 9 janvier 2017 sous le pont situé face à la gare SNCF, à Saint-Agne, où une canalisation d'eau a rompu (Photo : Côté Toulouse/Caroline Muller)

D’abord, il y eut ces images improbables d’un bus retrouvé pris par une immense fuite d’eau, en pleine rue, samedi 7 janvier 2017, juste à proximité de la gare Matabiau, à Toulouse. Un incident qui s’est produit juste avant l’embranchement du boulevard avec l’avenue de Lyon, et qui a provoqué une sacrée pagaille toute l’après-midi.

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Moins de 48 heures après, deux ruptures de canalisation ont à nouveau fait des dégâts retentissants, d’un bout à l’autre de la métropole toulousaine. Une canalisation a rompu près de l’école maternelle Mirabeau de Tournefeuille (Haute-Garonne). L’établissement scolaire a dû être fermé. Et une autre a explosé, dans le quartier de Saint-Agne cette fois, s’engouffrant… dans la bouche de métro Saint-Agne SNCF et suscitant des dégâts considérables.

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Une dizaine de ruptures de canalisations, à Toulouse

Lors d’une visite d’évaluation des dégâts, lundi 9 janvier en début d’après-midi, le chiffre « d’une dizaine de ruptures de canalisations récemment sur l’agglomération de Toulouse », a été avancé. Le président de Tisséo et premier adjoint de la mairie de Toulouse Jean-Michel Lattes a également annoncé que le métro resterait coupé « entre 24 et 48 heures » entre les stations de Saint-Michel Marcel Langer et de Ramonville. Celle de Saint-Agne SNCF restera, elle fermée « deux à trois semaines »

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Que se passe-t-il à Toulouse, pour que tant de canalisations se mettent à rompre successivement ?

Véolia se réfugie derrière « un coup de froid »

Du côté de Véolia, on annonce « procéder à toutes les expertises nécessaires » quant à ces problèmes.

Le froid de ces derniers jours, et les variations de température associées, peuvent être à l’origine des ruptures de canalisation sur Toulouse, avance d’ores et déjà Véolia, qui ajoute que la cause effective sera établie par des expertises.

Tout en considérant « qu’on n’a jamais eu de problème de cette dimension, à Toulouse », Véolia rappelle que l’école de Tournefeuille ne relève pas de son réseau, mais « cela peut s’inscrire dans un phénomène plus global qui peut avoir la même cause », estime-t-on toujours chez Véolia, où on insiste sur « le coup de froid. La température de l’eau distribuée (et prélevée dans la Garonne) a connu une chute rapide et brutale, au cours du week-end du 7 janvier, passant d’environ 6°C en temps normal à 2,5°C. Cela peut être la cause de ruptures de canalisation ».

Jean-Louis Chauzy pointe des « problèmes d’entretien »

Le « coup de froid », le président de l’Orquasi, l’Observatoire régional de la qualité des infrastructures, n’y croit pas. Jean-Louis Chauzy n’y va pas par quatre chemins : «  Ces jours-ci, ce n’est pas non plus le très grand froid, on n’est pas en Ukraine ! Cela peut toujours être la loi des séries… Mais mon avis, c’est que cela provient surtout de problèmes d’entretien ». L’homme n’en est pas à son coup d’essai. En 2014 déjà, il pointait déjà cet enjeu de taille.

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Près de trois ans plus tard, il assure toujours : « C’est la qualité de sécurité des infrastructures à Toulouse qui pose problème. Dans la Ville rose, le réseau est certes surveillé 24h/24 par des capteurs, et il est entretenu, mais peut-être pas suffisamment ». Et d’appeler à une « meilleure sécurisation des canalisations ».

Jusqu’à « 40 % de pertes » dans les réseaux d’eau

« Mais si les réseaux n’explosaient qu’à Toulouse… », poursuit le président de l’Orquasi, pour qui le problème est plus profond. « L’entretien des canalisations et réseaux d’eau est une histoire tragique pour notre pays. Un rapport de l’association UFC Que Choisir stipule que 30 à 35 % de l’eau qui entre dans un tuyau n’arrive pas au bout… On évalue même les pertes à 40 % dans certaines communes de l’ancienne Région Midi-Pyrénées ».

Déplorant « la baisse des dotations de l’État aux collectivités locales », Jean-Louis Chauzy estime : « En conséquence, elles ont encore réduit la voilure sur l’entretien des réseaux. On en voit les dégâts à Toulouse, où on n’a pourtant pas les chiffres les plus inquiétants de la région. Mais il faut continuer à investir, car quand les réseaux sont entretenus correctement, leur durée de vie est bonne ».

Enfin, Jean-Louis Chauzy estime que ce problème risque bien de se reproduire : « Si on ne colmate pas toutes les brèches, d’une part, cela va s’aggraver. Et d’autre part, la question de la ressource en eau va se poser en France, et ce dès le printemps. »

Véolia réfute les arguments de vétusté

Des réseaux mal entretenus, à Toulouse ? Contactée, la Métropole… renvoie la balle à son prestataire, Véolia. Lequel insiste : « Ce n’est pas seulement un problème de température de l’air, mais de l’eau qui circule dans le réseau ». Il ajoute : « Nous avons comptabilisé environ huit fuites quotidienne ces derniers jours, contre une en moyenne ». Il réfute également les arguments de vétusté du réseau.

D’après Véolia, la canalisation qui a rompu ce lundi à Saint-Agne date de 1986, elle est en fonte grise et fait 300 mm de diamètre. Ce n’est pas une vieille canalisation, à l’échelle de notre parc, et il aurait été injustifié, financièrement, de la changer, insiste le prestataire.

« Nous entretenons 1 500 kilomètres de canalisations sur la seule ville de Toulouse », poursuit le prestataire. Et de conclure : « Nous avons un taux de performance réseau de 90 %, c’est un des meilleurs dans les grands villes. Si le réseau était mal entretenu, ce taux ne serait pas atteint ».

Guillaume Laurens

Rédacteur en chef adjoint
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