Actualité Place Saint-Sernin à Toulouse : un « aspirateur géant à gravats » suscite l'inquiétude des riverains

Depuis début janvier, a débuté le chantier de la place Saint-Sernin, à Toulouse. Sur le site, l'utilisation par les ouvriers d'un gros tuyau aspirant suscite des réactions.

Publié le : 02/02/2017 à 16:17
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Le camion aspirant a remonté, mercredi 1er février, la rue des Cuves Saint-Sernin. (Photo Côté Toulouse/David Saint-Sernin)

Depuis quelques jours, une drôle de machine déambule sur la place Saint-Sernin et dans les rues alentours. Mercredi 1er février 2017, elle a notamment remonté bruyamment la rue des Cuves Saint-Sernin à quelques mètres de la basilique.

L’aspiration mécanique des gravats

Cette machine bruyante, c’est un énorme aspirateur à gravats utilisé par l’entreprise chargée de réaliser les travaux sur les réseaux souterrains, première phase du chantier de Saint-Sernin qui va durer jusqu’à l’été 2017.

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Très concrètement, le gros tuyau est guidé dans la tranchée et aspire l’ensemble des gravats entourant la canalisation. Cette mécanisation va permettre d’accélérer et de faciliter grandement le travail des ouvriers, mais inquiète les riverains, pour la plupart des amoureux du patrimoine, déjà vent debout contre le choix de ne pas procéder à des fouilles archéologiques approfondies pendant les travaux.

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Un collectif met en doute la procédure de la Ville de Toulouse

Dans un courrier adressé à Julie Escudier, maire du secteur Centre de Toulouse, le Collectif de Sauvegarde de la Place Saint-Sernin a manifesté son inquiétude à la mairie de Toulouse :

« Lors de nos discussions relatives à l’absence de fouilles programmées sur le site de Saint-Sernin (préliminaire indispensable selon nous aux travaux de réfection des réseaux et à l’urbanisation de la place), vous nous avez affirmé que toutes les précautions seraient prises afin de préserver les vestiges existants sous les revêtements actuels. Vous nous avez aussi garanti la présence sur site d’archéologues susceptibles de réagir à tout manquement des instructions données afin que la moindre découverte puisse faire l’objet de la protection et du traitement adéquat », peut-on lire dans ce courrier.

« Or, nous constatons ce matin, au début de la rue Saint-Bernard, non loin du café Saint-Sernin, une tranchée profonde, dont tous les gravats, toutes les terres, archéologiques bien sûr, sont aspirés par un énorme tube qui rejette tout cela dans un camion bien clos. Donc, s’il y a quelque vestige ou objet intéressant (monnaies, fragments sculptés ou inscrits, céramiques, etc.) tout s’en va incognito.. Où sont les équipes de contrôle promises ? Où est le respect garanti et annoncé à grand renfort de communication ? Nos craintes d’un labourage et d’un mitage du site, plusieurs fois rappelées et exprimées sont malheureusement justifiées », y indiquait également le collectif.

La mairie rassure, son service archéologie suit les travaux en direct

Une inquiétude à laquelle a répondu Annette Laigneau, l’adjointe en charge à l’Urbanisme : « Les travaux de concessionnaires s’effectuent selon la méthodologie validée avec le service des Grands Travaux de la métropole, l’archéologue du service de l’archéologie et les entreprises ».

En ce qui concerne l’utilisation d’une aspiratrice, les réseaux étant réalisés en place pour place (terres déjà excavées lors de la création des réseaux), cette utilisation a été validée en concertation avec le service archéologie de Toulouse Métropole, poursuit-elle.

« Depuis le début des travaux, une réunion hebdomadaire avec les concessionnaires et le service archéologie de Toulouse Métropole est programmée par la direction ITE de Toulouse Métropole, et un technicien est présent régulièrement sur le site. Depuis le début des travaux concessionnaires, un archéologue est présent sur le site pour le suivi des travaux (surveillance de l’aspiratrice et des terrassements) tel que le Maire s’y était engagé».

Sur place, Côté Toulouse et le collectif ont constaté cet état de fait.

Sur place, le collectif constate « un travail propre »

Et le collectif de nuancer sa position :

Le camion aspirateur travaille sur des tranchées propres limitées au pourtour immédiat de la canalisation à déblayer, et avec une profondeur limitée au niveau de l’apparition de la canalisation. Ces tranchées sont réalisées systématiquement au-dessus du tracé de la canalisation, dans la rue des Cuves Saint Sernin et la rue des Trois Renards, et les gravats aspirés sont vraisemblablement des gravats de reconstruction. Nous resterons néanmoins vigilants dans les semaines à venir, notamment quand les travaux se feront sur les zones où l’on sait qu’il pourrait s’y trouver des vestiges importants.

Si les amoureux du patrimoine réagissent ainsi, c’est que les travaux, qui vont se déplacer sur l’ensemble de la place, vont atteindre des zones bien plus stratégiques de Saint-Sernin du point de vue patrimonial : celles de l’ancien cloître, de la nécropole ou de l’ancien hôpital Saint-Raymond… Des secteurs déjà fouillés de façon préventive et qui avaient permis de faire d’admirables découvertes…

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Quels vestiges rue des Cuves Saint-Sernin ?
La rue dans laquelle s’est engagé l’aspirateur géant mercredi 1er février est la rue des Cuves Saint-Sernin. Aujourd’hui, cette rue sépare la place Saint-Sernin d’un ilôt d’habitations dont font partie les bâtiments du lycée Ozenne. Son nom serait lié à la présence le long de son tracé des cuves de l’abbaye Saint-Sernin en bordure des murs fortifiés de Toulouse au XIe siècle.

Photo de David Saint-Sernin

David Saint-Sernin

Journaliste
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