Medias [Vu sur le web] Occitanie : l'abandon du centre-ville d'Albi fait du bruit jusqu'en Amérique

Le New York Times a consacré, mardi 28 février 2017, un reportage à l'abandon des centre-villes en France. Avec une illustration près de Toulouse : la belle cité épiscopale d'Albi.

Publié le : 03/03/2017 à 08:16
D'école primaire abandonnée en commerces fermés, via des rues désertes, le New York Times dresse un portrait peu reluisant de la belle cité épiscopale (Photo : Illustration / Wikipedia)
D'école primaire abandonnée en commerces fermés, via des rues désertes, le New York Times dresse un portrait peu reluisant de la belle cité épiscopale (Photo : Illustration/Wikipedia)

C’est suffisamment rare pour être souligné. Le New York Times, l’un des plus grands journaux du monde, s’intéresse à l’Occitanie. Son journaliste Adam Nossiter, qui connaît Albi (Tarn) depuis 35 ans, et couvre l’élection présidentielle pour le prestigieux quotidien américain, consacre un grand angle à la désertification des centre-villes français, comme l’ont repéré nos confrères de Slate.

Et il a jeté son dévolu sur la cité épiscopale, riche de 50 000 âmes, d’un patrimoine classé à l’Unesco, mais avec à ses yeux « un désert » en guise de centre-ville. Un désert dont il relate le déclin.

Le « trésor » et la « torpeur »

L’article met en lumière la dichotomie entre le patrimoine d’Albi, « l’un des trésors incontestés de la France », et la « torpeur » de son cœur jadis battant. Car il grouillait de vie, il y a 20 ans.

Parti un jeudi de Toulouse pour Albi, le journaliste raconte le sentiment qu’il a ressenti, en passant devant un centre commercial géant, au parking « noir de voitures » en périphérie de la ville. Puis de remarquer, une fois arrivé dans le centre-ville, que les rues « sont totalement vides et que de nombreuses enseignes de magasins sont fermées. Ou bien que ces derniers n’accueillent aucun client ».

Les enseignes de tourisme et les magasins de vêtements de chaîne sont ouverts, mais manquent les épiceries, les cafés et les boucheries qui autrefois, et pendant des siècles, ont fait vivre la petite ville de France, relate le New York Times.

Le journal raconte ce « paradoxe français » avec sa campagne. D’un côté, il y a « la profonde fierté des Français avec ce qu’ils considèrent comme un mode de vie inégalé ». De l’autre, cette même campagne « est en voie d’extinction ».

Ce phénomène de dévitalisation des centralités urbaines (…) devient préoccupant tant le commerce participe à la vie de la cité et la façonne en grande partie.

De fermeture en fermeture

Adam Nossiter décrit sa promenade dans les ruelles d’Albi. Il arpente une place piétonne « sans âme », vogue dans une ville qu’il décrit comme « déserte ». Il passe devant des enseignes affichant « liquidation totale », longe les murs de « la dernière école » du centre historique, abandonnée il y a quelques années, à l’intérieur de laquelle il observe « un dessin des enfants, du dernier cours qui y a été donné ». Il longe aussi le dernier magasin de jouets du quartier, maintenant fermé, ou encore la dernière épicerie indépendante, également porte close.

Promenez-vous dans les rues étroites et vides quelques soirs et le silence est si total que vous pouvez entendre vos pas sur les pierres.

L’impact des centres commerciaux ?

Dans son reportage, le journaliste s’appuie sur un rapport du gouvernement publié en octobre 2016 et sur le blog de Florian Jourdain, sur la dévitalisation d’Albi. Ce jeune Parisien expatrié en Occitanie, déplore : « Il n’y a plus d’épicerie dans le centre-ville. Il n’y a pas non plus de café de quartier ».

Alors il a décidé de publier des cartes avec les fermetures de commerce dans la ville historique. Le journaliste américain est aussi parti à la rencontre de Fabien Lacoste, conseiller municipal socialiste et vendeur de crêpes dans le quartier, qui pointe les dégâts du centre commercial aux portes de la ville, la France étant « le pays européen qui a la plus forte concentration de supermarchés ».

Il n’y a pas de bar, pas de café. Nous sommes au Sud-Ouest, bon Dieu. C’est un scandale, dit Fabien Lacoste. Nous avons perdu cette convivialité qui était notre signature. Avant, chaque petit quartier avait son propre centre, avec son propre café. Tout ça a disparu.

« La France perd le noyau de ses villes historiques », estime Le New York Times, qui y voit tous les ingrédients d’un « mode de vie s’efface ». Et encore, Albi ne serait pas « la plus durement touchée » de ces villes moyennes, et ne serait qu’un miroir de la situation du pays : « Le déclin évident dans Albi est reproduit dans des centaines d’autres endroits ». Le diagnostic du New York Times est « pire » dans d’autres cités de France, à commencer par Béziers (Hérault) et Agen (Lot-et-Garonne).

Guillaume Laurens

Rédacteur en chef adjoint
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