Politique Monique Iborra : « Malgré mon exclusion du PS, je serai candidate aux législatives 2017 »

La députée de Haute-Garonne sera candidate à sa succession avec ses convictions et contre les « méthodes surréalistes » du PS qui ont provoqué récemment son exclusion.

Publié le : 21/09/2016 à 09:20
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Âgée de 71 ans, Monique Iborra est député de la sixième circonscription de Haute-Garonne depuis 2007. Elle a été réélue en 2012 avec plus de 65% des suffrages. (Photo : DR)

La députée de Haute-Garonne, Monique Iborra, sera candidate à sa succession avec ses convictions et contre les « méthodes surréalistes » du PS qui ont provoqué récemment son exclusion. Interview.

Côté Toulouse : Après avoir été exclue par le Parti socialiste pour ne pas avoir soutenu Carole Delga aux élections régionales, serez-vous candidate à votre succession sur la sixième circonscription de Haute-Garonne en juin 2017 ?

Monique Iborra : Bien sûr ! Je ne serais d’ailleurs peut-être pas repartie pour un tour de piste si cette exclusion n’avait pas été prononcée. J’aurais peut-être même laissé les militants socialistes en décider à l’occasion des traditionnelles désignations internes du Parti socialiste, organisées avant chaque échéance électorale. Mais vu la situation, je me sens dans l’obligation d’être de nouveau candidate.

C.T : Vengeance ?

M.I : Pas du tout. Je veux avoir l’occasion de défendre mon mandat, mon travail parlementaire, mes convictions et ma conception de la politique devant les électeurs.

Ce ne sont pas les méthodes surréalistes utilisées par le Parti socialiste qui doivent décider de mon sort et de si je dois être candidate ou pas.

Je m’en remets aux électeurs. Ils auront deux choix à gauche : une candidature PS officielle issue de pratiques d’un autre âge, celles qui sévissent à la section de Colomiers depuis des lustres et que je combats depuis mon entrée dans l’action politique, et la mienne. Le PS jouera la partition du renouvellement en proposant une nouvelle tête. Mais dans ce cas, cette nouvelle tête ne sera pas synonyme de nouvelles pratiques. Renouvellement peut-être, rénovation certainement pas.

C.T : Méthodes, pratiques d’un autre âge… Que dénoncez-vous exactement ?

M.I : J’ai été exclue parce que je n’ai pas voulu soutenir Carole Delga lors des élections régionales, blessée par les tractations de couloir qui ont émaillé sa campagne électorale. Dès le début, j’avais dénoncé un accord électoral PS/PRG distribuant des postes avant que les électeurs, qui réprouvent ces méthodes et nous le disent à chaque élection, ne se soient prononcés.

Je ne voulais pas non plus admettre que Carole Delga brigue la présidence de région tout en annonçant qu’elle cumulerait cette fonction avec son mandat parlementaire tandis que le PS s’est engagé sur le non-cumul des mandats depuis plusieurs années.

Parce que j’ai refusé de me taire et refusé de soutenir Carole Delga, j’ai été exclue tandis que j’étais choisie par le groupe PS de l’Assemblée nationale pour défendre le difficile texte de la loi Travail et tandis que, depuis quatre ans, des parlementaires frondeurs du PS jouaient contre le gouvernement en tentant de déposer des motions de censure et cela en toute impunité. C’est totalement disproportionné !

C.T : Faut-il s’attendre à une campagne dure dans la sixième circonscription ?

M.I : Je n’ai pas l’intention d’être dure. Je mènerai, à mon habitude, une campagne de terrain, basée sur l’explication de mon travail à l’Assemblée et des projets qu’il y a lieu de proposer pour notre territoire.

Si la fédération socialiste locale ou le Conseil départemental de Haute-Garonne – ce qui est désormais la même chose – devait user de la fameuse méthode columérine à mon égard, je pourrais rapidement changer de ton.

C.T : Soutenez-vous une candidature de François Hollande à la présidentielle de 2017 ?

M.I : Elle est possible mais à condition qu’elle ne procède pas de la méthode de la présidentielle de 2012. Il faudra une clarification car il y a trop d’écart entre ce que nous avons fait pendant ce mandat et ce que prône la gauche de la gauche. Je ne dis pas que nous n’avons pas mené une politique de gauche. Mais nous avons appliqué une politique de gauche réaliste, pragmatique, liée à la situation complexe du pays. Ce n’est pas une traîtrise comme le scandent certains, c’est tout simplement une politique appliquée à la réalité !

Comme notre politique de gauche s’est éloignée de certains discours, ce mandat présidentiel a connu des tensions internes à la gauche qui nous mettent en grande difficulté.

Finalement, la gauche donne l’impression de gérer la France comme le conseil national du Parti socialiste, par des batailles idéologiques, des combats de minorités au sein de la majorité, des accusations de trahison et où, finalement, le combat est plus âpre que contre l’opposition. Mais qu’est ce que les gens peuvent bien penser de ce cirque ?

En conséquence, je ne crois pas possible un nouveau mariage artificiel entre plusieurs tendances qui, ensuite, se bagarreront en interne. Une nouvelle démarche de ce type ne pourra qu’échouer.

C.T : En clair, vous appelez la gauche à assumer au plus vite qu’elle n’est pas un bloc uniforme.

M.I : Il existe bien une gauche radicale et une gauche réformiste. Cela doit se clarifier en effet. Autrement, la gauche ne parviendra à rien et perdra sa crédibilité. Rappelons que la gauche de la gauche a souvent fait perdre la gauche réformiste : Lionel Jospin en 2002, Ségolène Royal en 2007…

C.T : Malgré tout, comment la gauche peut-elle conserver le pouvoir en 2017 sans être unie face à la droite et à un FN de plus en plus fort ?

M.I : Il faudrait que la gauche soit unie, mais la réalité prouve qu’elle ne l’est pas. Il faut peut-être envisager une troisième voie. Lionel Jospin l’évoquait déjà il y a quelques années.

C.T : Cette troisième voie peut-elle être incarnée par Emmanuel Macron et pourriez-vous le suivre ?

M.I : Dans la démarche, il est évident qu’Emmanuel Macron impose une clarification politique. Il ne serait pas farfelue que je suive cette dynamique. Mais j’attends de connaître concrètement son projet.

Photo de Pascal Pallas

Pascal Pallas

Editeur / Rédacteur en chef
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