Tribune Lettre à Montebourg d'un président de CCI en colère

Lettre ouverte de Didier Gardinal, président de la CCI Midi-Pyrénées, à Arnaud Montebourg, ministre de l'Économie et du Redressement Productif.

Publié le : 18/08/2014 à 16:43
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Didier Gardinal, un président en colère contre le gouvernement © DR

“Je ne suis ni un grand politique, ni un leader de l’Économie, encore moins un philosophe ou un people. Je n’ai pas non plus les moyens d’enrayer le fonctionnement des villes, des aéroports ou encore des gares  : je ne suis donc pas de ces personnes qui, aujourd’hui, peuvent exprimer une position et être entendus afin de mettre en lumière un sujet bien identifié et faire pression pour influer sur une décision.Je suis un modeste chef d’entreprise employant 11 salariés dans un métier de service que vous avez identifié comme « dangereux pour la société » car profession réglementée. J’avais le plaisir de présider depuis 2008 la Chambre de Commerce et d’Industrie de Midi-Pyrénées. Sachez que j’ai beaucoup moins de plaisir aujourd’hui à exercer cette fonction bénévole, au service des autres.C’est pour cela que je m’autorise à vous écrire cette lettre ouverte. Je pense que vous vous apprêtez, dans l’indifférence générale de cette période d’été morose pour les Français, à faire une erreur stratégique et historique en voulant faire disparaître les Chambres de Commerce et d’Industries du paysage économique français. Vous pensez : « Elles ne servent à rien ». Vous dites : « Il faut réformer les CCI, faire des économies, et qu’elles participent au redressement de l’État et à la baisse de charges des entreprises ». Vous annoncez : « Les CCI ont reçu trop de fiscalité. Je vais donc reprendre les trop perçus ».


” C’est donc la mort des CCI que vous êtes sur le point d’entériner…”

C’est votre vision très restrictive d’un établissement public au service des entreprises françaises. Après avoir déjà subi une ponction de 15% en 2010, puis à nouveau 20% en 2013, c’est 36 % de moins d’ici à 2017 que vous avez décidé de nous reprendre. Sans compter les 170 millions en 2013 et les 500 millions en 2015 que vous allez prélever sur nos réserves, que, par ailleurs, la loi nous impose de constituer (3 mois de fond de roulement en réserve imposé).C’est donc la mort des CCI que vous êtes sur le point d’entériner. Quelle entreprise peut résister à une baisse de plus de 50% de son chiffre d’affaire et simultanément à la disparition de ses réserves ? Aucune entreprise ne peut y résister ! Nous devrons donc, si vous maintenez votre position, supprimer 7500 postes et engager des milliers de licenciements secs que nous ne pourrons financer car vous nous enlevez nos moyens et nos réserves.Vous prétextez que l’État a supprimé des emplois pour nous demander d’en faire autant en tant qu’établissement public. Certes nous sommes établissement public, nous sommes aux ordres, mais les collaborateurs des CCI sont compétents, motivés et volontaires, au service des entreprises. Je les laisse se faire leur propre opinion de la considération que vous leur portez. Nous n’aurons pas d’autres choix que de demander la tutelle de l’État et c’est donc l’État qui paiera la casse sociale.Expliquez-moi l’utilité et le bénéfice de cette opération. N’y a-t-il pas déjà assez de mécontents, de stress, de drame et de chômeurs dans ce pays ? Vous voulez nous obliger à fermer des classes d’apprentissages et des centres de formation, alors que l’apprentissage est une priorité affichée du gouvernement !! Vous voulez nous obliger à stopper les formations de chômeurs de longue durée pour leur reconversion alors que la lutte contre le chômage et la remise au travail est aussi une priorité du gouvernement. Vous nous demandez d’arrêter le soutien aux entreprises mais c’est le cœur même de notre métier.Vous insistez pour que les CCI n’investissent plus un euros de fiscalité dans les ports, les aéroports, les parcs d’expositions,… Des centaines d’outils au service du développement économique local vont ainsi disparaitre et priver les bassins économiques locaux, d’outils de développement indispensables. Si ces équipements étaient inutiles et improductifs il y a longtemps qu’ils seraient fermés car nous sommes des chefs d’entreprise gestionnaires et responsables. Merci d’interroger, vous, élus locaux et territoriaux et les chefs d’entreprises utilisateurs. C’est la mort des bassins d’emplois déjà en souffrance.Il me semblait que l’aide et le soutien aux entreprises et à la relance économique étaient aussi une priorité du gouvernement ? Ce que vous semblez oublier également, c’est que nous subventionnons et animons, des fédérations de : commerçants, métiers de services, clubs d’entreprises (éco-entreprises, développement durable, innovation, international, etc…). Nous mettons à disposition de diverses structures régionales, départementales, locales, ainsi qu’aux pôles, clusters, et même à l’État des milliers d’élus, bénévoles, qui donnent de leur temps et de leur matière grise. Ils apportent bénévolement, leur expertise et font profiter ses structures de leur excellente connaissance du terrain et de l’entreprise. Une denrée très rare que vous allez décourager et qui restera à la maison ou partira faire de la politique.Vous laissez entendre que les présidents de CCI sont des notables, conservateurs, tenant à leurs privilèges. Ce que vous semblez ignorer c’est que nous sommes très loin pour la plupart d’entre nous de cette image passéiste. Je suis sorti des corons du nord, je connais la valeur du travail, la notion de l’argent et de la bonne gestion qui plus est lorsqu’il s’agit d’argent public. Je n’ai aucune leçon à recevoir dans ce domaine et je suis même prêt à donner de gracieux conseils à certains. Je préfère sortir des bilans positifs et bénéficiaires, ce que vous nous reprochez, que des exercices déficitaires, ce que vous nous invitez à faire. Niveler par le bas n’a jamais été une doctrine payante.Selon vous, Monsieur le Ministre, la baisse de nos taxes affectées profitera pour 1 milliard d’euros aux entreprises à l’horizon 2017. Nous sommes évidemment pour la baisse des charges, comment tenir un langage différent alors que nos entreprises croulent sous le poids de la fiscalité, des charges et des réglementations ?Vous oubliez, volontairement ou par omission, de préciser que, dans le même temps, l’État aura détourné l’argent des entreprises dans des proportions similaires au profit de son budget. En effet, il faut ajouter aux 500 millions que vous envisagez de ponctionner en 2015, les 170 millions déjà prélevés en 2014 ainsi que le produit de l’écrêtement de la taxe au-dessus du plafond, 300 millions d’euros. Soit un total de près de 1 milliard d’euros.Et pour que cela soit très clair pour tout le monde, le moindre euro dont on parle au sein des Chambres de Commerce et d’Industrie appartient aux entreprises, aux chefs d’entreprises, aux ressortissants qui ont cotisé et non à l’État. Et je ne parle pas du prélèvement déjà programmé sur la taxe d’apprentissage. C’est un hold-up légal !

La fusion des Chambres de commerce et d’industrie et des Chambres de métiers ? En voilà une sacrée source d’économies !”

Si nous ne sommes pas utiles au développement économique et au soutien des entreprises et que nos services ou que notre rentabilité est mauvaise, pourquoi n’avez-vous pas jugé utile de nous comparer avec les autres : établissements publics, agences de développement économique, collectivités locales ou territoriales ?Vous oubliez également, Monsieur le Ministre, que les Chambres de Commerce et d’Industrie consomment, investissent, utilisent des entreprises de service, font travailler de nombreux corps de métier de l’artisanat, des professions libérales, exploitent des moyens de transport, l’hôtellerie et la restauration… Un manque à gagner pour ces entrepreneurs avec les conséquences que je vous laisse calculer et qui conduisent directement à la déflation qui menace aujourd’hui notre pays. Monsieur le Ministre, pourquoi dans votre réflexion sur les consulaires n’avez-vous jamais envisagé la fusion des Chambres de Commerce et d’Industrie et les chambres des métiers ? En voilà une sacrée source d’économies.

Nous ne refusons pas de nous réformer et de participer au redressement économique du pays”

En conclusion, Monsieur le Ministre , vous êtes peut être surpris dans le monde ou vous vivez de rencontrer des gens bénévoles, élus par leurs pairs, qui ont encore aujourd’hui l’envie de travailler, de s’investir, au service des autres, des élus qui sont de bons gestionnaires, qui ne font pas n’importe quoi et qui investissent pour les entreprises et le développement économique des territoires, en faisant de la proximité, leur force, et du maillage du territoire, leur ADN. Nul n’est parfait.Nous ne refusons pas de nous réformer et de participer au redressement économique du pays. Bien au contraire. Et nous avons largement commencé à montrer l’exemple. La méthode « Robin des Bois » que vous préconisez ne suffira pas pour sauver la France. La France pourrait très bien fonctionner sans les CCI et beaucoup d’autres organismes. Dans ce cas, il faut les supprimer. C’est un pari ! Notre pays ne pourra pas se redresser avec des CCI à genoux, avec une crise sociale sans précédent, des effets induits sur des milliers de structures, dont vous n’avez même pas imaginé l’ampleur.Et dans ces conditions, où allez-vous trouver des candidats, hommes et femmes, à parité, fin 2015 pour mener à bien la fermeture des Chambres de Commerce et d’Industrie et conduire un plan social imposé sans précédent ? Monsieur le Ministre, j’espère que vous allez mettre à profit vos vacances pour réfléchir à tout cela et nous revenir en pleine forme avec des intentions nouvelles. Si vous passez par Midi-Pyrénées je me tiens à votre disposition pour vous faire visiter cette belle région, partager sa gastronomie, et échanger avec vous dans une cadre moins stressant et plus propice à mieux se comprendre”.

Didier GARDINAL Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Midi-Pyrénées

* Les citations en exergue sont de la rédaction

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