Histoire/Patrimoine La Grave, à Toulouse : des exclus aux nouveau-nés

Cet hôpital, qui apparaît au milieu du Moyen Âge, accueille tout au long de son histoire les exclus de la société, avant d’héberger en son sein la plus grande maternité de la ville

Publié le : 19/12/2016 à 20:11
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Photo générale de La Grave au début du XXe siècle (Photo : Archives des Toulousains de Toulouse/Musée du Vieux-Toulouse)

L’hôpital Saint-Joseph de La Grave et sa chapelle rehaussée de son emblématique dôme surplombant la Garonne. La carte postale semble immuable aux yeux de beaucoup de Toulousains.

Pourtant, cette physionomie majestueuse n’a à peine que 160 ans. Le site qui, avec l’hôtel-Dieu-Saint-Jacques, forme cette sorte de continuum de l’histoire de la médecine toulousaine, n’est, à ses débuts, qu’une maladrerie parmi d’autres, chargée d’accueillir hors la ville, les pestiférés.

En 1199, une première mention fait état de son existence à travers un procès entre le Viguier du Comte de Toulouse Raymond VI et le prieur de la Daurade. Ce dernier précise qu’il a laissé un passage libre pour les bateaux sur la rive gauche, près de ce qu’on appellera plus tard l’hôpital de la Grave, qui tire son nom de la grève où il a été érigé le long du fleuve.  Le changement majeur de la carte hospitalière toulousaine intervient au début du XVIe siècle.

L’hôpital Saint-Sébastien et la Tour Taillefer

Le Parlement de Toulouse décide de réunir progressivement les 24 établissements de la ville sous la coupe de l’hôpital Saint-Jacques du bout-du-pont (qui deviendra l’Hôtel-Dieu Saint-Jacques à partir de 1554). Quant à La Grave, qui dépend directement des Capitouls, sa mue se matérialise dans les années 1508-1544. Baptisé du nom de Saint-Sébastien, saint invoqué pour combattre la peste, l’établissement est agrandi.

Sur les onze épidémies que connaît Toulouse durant ce siècle, celle de 1506 reste la plus foudroyante avec 3 000 décès. Face à l’afflux croissant de pestiférés et d’épileptiques, la Tour Taillefer, adjacente à La Grave, dévolue initialement aux réserves de poudre et de munitions, est réquisitionnée. La situation est telle que les malades, trop nombreux, sont transférés aussi bien à l’ancien pré de pacage des Sept-Deniers que sur la colline de Terre-Cabade.

L’hôpital Saint-Joseph, signe du « Grand Renfermement »

À partir des années 1630-1640, l’époque est marquée partout en France par le « Grand Renfermement ». Cette politique conduit les autorités à interner d’office les pauvres, de façon à les « soigner, instruire et relever leur niveau moral »… Sur une population estimée à 40 000 habitants (après l’épidémie de peste de 1628-31 faisant 10 000 morts), Toulouse compte 5 000 mendiants. E

n 1647, La Grave devient un « Hôpital Général » et prend le nom de Saint-Joseph (patron des travailleurs). Les pestiférés en sont exclus. Les plus démunis travaillent dans les ateliers (filature, broderie…) et sont entassés dans les dortoirs. À la Révolution, suite à la saisie des biens du clergé, l’hôpital double sa superficie en annexant le monastère des Clarisses de Saint-Cyprien et se recentre sur la médicalisation.

Au XIXe siècle, les bâtiments reconstruits en partie et les jardins permettent, sous l’influence salvatrice des médecins Pinel et Esquirol, une meilleure prise en charge des aliénés. Et à partir de 1889, La Grave prend le relais de l’Hôtel-Dieu, en accueillant la plus importante maternité de la ville.

Mathieu Arnal

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