Histoire/Patrimoine L'abbé René de Naurois, prêtre et résistant toulousain

Ce théologien de Toulouse s'investit pleinement dans divers mouvements de résistance avant de rallier l'Angleterre et de participer au Débarquement du 6 juin 1944.

Publié le : 12/02/2017 à 15:24
Le 14 juillet 1944, René de Naurois, en uniforme de commando, auprès du curé de la paroisse d'Amfreville-le-Plein (crédit photo : DR)
Le 14 juillet 1944, René de Naurois, en uniforme de commando, auprès du curé de la paroisse d'Amfreville-le-Plein (photo : DR)

« Son langage, ses yeux, sa mise, tout en lui me dit qu’il est fait autant pour le métier des armes que pour l’exercice du sacerdoce. » Dans ses mémoires de guerre, La nuit finira. Mémoire de Résistance.1940-45, publié en 1973, Henri Frenay, à l’origine avec Berty Albrecht du mouvement Combat, décrit la détermination de René de Naurois.

Engagé comme aumônier du premier bataillon de fusiliers marins commandos (1er BFCM), dirigé par le capitaine de corvette, Philippe Kieffer, l’abbé toulousain participe au D-Day. Au côté de ses 177 compagnons d’armes, rattachés au commandement de Lord Lovat et de la Première Brigade spéciale, il débarque à Sword Beach, l’une des cinq plages du débarquement, joignant Ouistreham à Saint-Aubin-sur-Mer.

Une aventure fraternelle qui résonne comme un point d’orgue à son parcours d’homme d’église et d’humaniste engagé contre le nazisme, dès la prise de pouvoir d’Hitler, comme il le confie longuement au cours de ses mémoires Aumônier de la France libre, publiées chez Perrin en 2004, deux ans avant sa disparition.

La découverte de l’Allemagne nazie

Bien qu’attiré par le sacerdoce dès sa prime adolescence, Naurois entreprend des études universitaires, à la demande de son père, un riche exploitant agricole de la vallée du Tarn. Parallèlement à ses études et à sa double licence, d’abord en sciences puis en lettres, il participe à la genèse de la revue Esprit, autour d’Emmanuel Mounier et de la recherche d’une hypothétique « troisième voie » entre capitalisme et marxisme.

Passionné par la culture allemande, il réalise de nombreux séjours outre-Rhin à partir de l’été 1933 et se lie d’amitié avec Heinrich Köhler, ancien ministre du temps de la République de Weimar. Entre 1937 et 1939, alors qu’il est aumônier adjoint de la colonie française à Berlin, il témoigne lors de conférences tenues à Paris, Toulouse ou encore Brive, de la réalité du régime nazi, de son organisation et des premiers camps de concentration, qui rencontrent peu d’échos.

D’Uriage à la France Libre

Après sa démobilisation en août 1940, René de Naurois intègre quelques mois plus tard l’Ecole des cadres d’Uriage, près de Grenoble, créée par Pierre Dunoyer de Segonzac, avec l’appui du Secrétariat à la Jeunesse de Vichy.

Destinée officiellement à la formation de nouvelles élites, l’institution qui jouit d’une certaine autonomie, se révèle vite un creuset de résistance clandestine. Ainsi, avec un art consommé du cloisonnement, on y fabrique des fausses cartes et on organise un premier réseau de renseignements qui atteint la Suisse, Paris et Londres. Mais suite à une altercation avec Henri Massis, conseiller de Pétain, Naurois est limogé.

De retour à Toulouse, il est nommé par Monseigneur Saliège à l’aumônerie de la congrégation de Notre-Dame de la Compassion, où il organise le sauvetage de Juifs et d’Espagnols qui fuyaient le franquisme et retrouve à Combat, Henri Frenay, rencontré à Uriage, avant de rejoindre la France Libre au printemps 1943.

Mathieu Arnal

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