Histoire/Patrimoine À Toulouse, pas de fouilles archéologiques à Saint-Sernin mais un projet qui pourrait bouger

C'est en janvier 2017 que les travaux vont démarrer place Saint-Sernin, à Toulouse. La mairie se prononce contre des fouilles archéologiques, mais n'écarte pas quelques retouches.

Publié le : 15/12/2016 à 14:02
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Le projet pour le parvis de la basilique Saint-Sernin, tel qu'il a été présenté mardi 13 septembre 2016 au public. (Document : Agence BAU)

Alors que doivent démarrer, en janvier 2017, les travaux visant à réhabiliter la place Saint-Sernin à Toulouse, les tensions autour de ce projet urbain affleurent, à la fin d’année 2016. En cause : l’absence de fouilles archéologiques, dans le cadre de cette opération qui doit aboutir à la réhabilitation de la place en 2019.

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Ne pas faire de fouilles : « Une bêtise sans nom »

Depuis plusieurs semaines, les partisans de ces fouilles sur un site hautement historique de la Ville rose, des historiens et le collectif Sauvegarde de la Place Saint-Sernin se battent, pour faire infléchir la mairie de Toulouse. Cette dernière est résolue, depuis le début de sa réflexion, à ne pas faire ces fouilles, qui allongeraient forcément le calendrier des travaux.

Cette position ne bougera plus, ceci malgré les dernières attaques, dans La Dépêche du Midi, de l’historienne toulousaine Quitterie Cazes, pour qui les élus de la Ville « n’ont aucune idée de ce que peut être une aventure culturelle », qualifiant le choix de ne pas faire de fouilles « de bêtise sans nom ».

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Alors que les défenseurs des fouilles, notamment la Société Archéologique du Midi de la France, qualifient Saint-Sernin de « chance archéologique » pour mieux connaître l’histoire de Toulouse et dénicher quelques trésors, Annette Laigneau, l’adjointe en charge de l’Urbanisme à la mairie, défend le projet municipal bec et ongles.

« Nous n’allons pas labourer la place Saint-Sernin »

Saint-Sernin, ce n’est pas un projet que l’on prend à la légère. C’est un vrai projet ambitieux, pour un lieu sur lequel rien n’a été fait pendant des années. Les attaques actuelles contre notre projet et contre Jean-Luc Moudenc, lui qui a cette forte ambition pour Saint-Sernin, sont à ce titre injustes car, jusqu’à notre projet, personne n’avait jamais demandé la tenue de fouilles sur le site, lance l’élue.

« Ensuite, nous n’allons pas bétonner la place ni la labourer, comme cela est dit de façon malhonnête ces derniers temps. Notre projet sera réalisé dans un souci de réversibilité. Cela signifie que, si dans dix ans, la collectivité a les moyens de faire ces fouilles, elle pourra les faire », indique l’élue, pour s’inscrire en faux contre l’idée que le projet, qui va être mené par l’urbaniste Joan Busquets, condamnerait l’avenir.

C’est donc le projet présenté par la mairie à la rentrée de septembre 2016, puis mis en concertation auprès du public pendant un mois en octobre, qui va être réalisé. Il prévoit une place Saint-Sernin délestée des véhicules, qui ne viendront plus circuler au pied du monument. Le parvis sera totalement pavé et la grille qui entoure la basilique sera écartée de l’édifice, pour créer un jardin public. Le parking sera, lui, supprimé.

Une centaine d’arbres plantée sur la place : ce n’est pas encore fait

À la suite des discussions engagées ces dernières semaines, Annette Laigneau n’écarte tout de même pas la possibilité d’effectuer quelques retouches à la marge. « Sur le fond, le projet ne bougera plus, car nous sommes rassurés par les sachants qui nous accompagnent, mais il pourra bouger à la marge », indique-t-elle. La plantation d’une centaine d’arbres prévue par Joan Busquets pourrait, en ce sens, être remise en cause. C’est quelque chose qui mérite d’être regardé de plus près, ce que nous allons faire avec Joan Busquets et la paysagistes Michel Desvignes.

L’explication : « Ces arbres supplémentaires feront autant de trous dans les couches archéologiques, que leurs racines continueront à détruire », indique la Société Archéologique du Midi de la France, dans le fascicule développant son projet pour le Grand Saint-Sernin.

Le collectif pour la Sauvegarde de Saint-Sernin espère, de son côté, encore pouvoir influer sur le choix des revêtements de surface, « afin de garantir la meilleure réversibilité du projet ». Il prône toujours « la nécessité de créer, pour Saint Sernin, un schéma directeur ».

À partir d’un aménagement plus léger et moins coûteux, réalisé dans les deux ans pour satisfaire tous les usagers, ce schéma permettrait de planifier des fouilles sérieusement menées, sectorisées et médiatisées, afin qu’elles constituent un atout touristique et non une gêne pour les riverains. Puis, à terme, la mise en chantier, sur le site, d’un musée de l’oeuvre et l’agrandissement du musée Saint-Raymond, indique le collectif.

Il leur reste encore quelques semaines pour faire entendre leur vision, alors même que la Ville de Toulouse travaille toujours sa candidature d’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco.

> Les écologistes veulent « un petit chantier mobile de fouilles » :
Ces derniers jours, les élus Europe-Écologie les Verts sont, eux aussi, intervenus dans les débats : « Nous suggérons que, sans remettre en cause le projet de surface, un petit chantier mobile de fouilles soit installé sur la place Saint-Sernin, dans le même temps que le réaménagement de la place. Ce chantier, à faible impact, pourrait travailler sur le temps long (10 à 15 ans). Il serait un lieu d’animation et de partage de la culture archéologique. Une animation permanente en lien avec les activités du musée Saint-Raymond, qui serait un atout pour la candidature de notre ville à l’Unesco. Nous proposons, ainsi, que les aménagements urbains programmés soient réalisés sur une fondation légère et économique (grave ciment très peu dosée), en lieu et place d’une dalle de béton onéreuse. Ainsi, nous pourrions imaginer un chantier évolutif, qui permette la réalisation de l’aménagement projeté dans les temps, ainsi que l’organisation d’une surface de fouilles restreinte et évolutive, compatible avec la vie de la place, pouvant même être interrompue par moments. Les travaux de renouvellement des réseaux pourraient, dans tous les cas de figure, être lancés en 2017, avec un accompagnement particulier, comme prévu, pour la préservation des richesses archéologiques, éventuellement mises à jour lors de ces travaux », indique l’élu d’opposition Régis Godec.

Photo de David Saint-Sernin

David Saint-Sernin

Journaliste
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