[Analyse] Réforme du code du travail : une préparation pour Valls 2017 ?

Pour notre chroniqueur politique Laurent Dubois, la réforme du code du travail ressemble au marqueur d’une «  nouvelle gauche  » incarnée par la ligne «  Valls-Macron  ». Analyse.

Dernière mise à jour : 17/10/2016 à 10:23
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Pour notre chroniqueur, la réforme du code du travail est le marqueur d'une « nouvelle gauche » incarnée par la ligne « Valls-Macron ». (Photo illustration : Flickr/CC/Fondapol)

C’est la grande bataille du quinquennat. La réforme du code du travail va marquer les derniers mois de François Hollande à l’Élysée. C’est l’ultime chantier d’ampleur. Mais c’est également un épisode qui va profondément influencer la prochaine présidentielle.

Le 9 mars 2016, le conseil des ministres va adopter un texte qui modifie profondément le droit du travail. Plafonnement des indemnités prud’homales, nouvel aménagement du temps de travail, nouveau régime des astreintes, renforcement du rôle des entreprises (et non plus des branches) dans la négociation des accords… Le projet de Manuel Valls est plus qu’une évolution. C’est une vraie révolution. Comme toujours, les attaques des opposants ne font pas dans la nuance et beaucoup de commentateurs commentent sans avoir lu (véritablement) le texte. Mais, de manière purement factuelle, sans a priori ou esprit partisan, il est évident que la réforme bouscule les règles du monde du travail.

Sous la Ve République, il existe des textes qui marquent de leur empreinte une époque. L’école privée ou les nationalisations sous le septennat de François Mitterrand. La création des « 35 heures » au temps de Lionel Jospin. François Hollande termine son mandat avec une réforme emblématique. Les syndicats sont vent debout. Le locataire de l’Élysée finit son bail sans grand mouvement social. Pas de mouvement digne du CPE (Contrat Première Embauche) de « Chirac-Villepin ».

Dans les rangs du PS, la crainte d’une poussée de fièvre est forte

Dans les rangs du PS, la crainte d’une poussée de fièvre est forte. Des parlementaires redoutent que la dernière ligne droite de François Hollande se termine dans une flambée sociale. Des signes peuvent inquiéter. Cette semaine, pour la première fois depuis plus de trois ans, une intersyndicale s’est réunie. L’opposition à la réforme du code de travail s’organise. Sur le terrain politique, les nuages sombres s’amoncellent également. Les fédérations départementales du PS montent au créneau et critiquent publiquement le projet défendu par « leur » gouvernement.

L’expérience (dé)montre une évidence : une pression qui monte ne débouche pas forcément sur une explosion. Mais, pétard mouillé ou déflagration réelle, la réforme du code du travail va laisser des traces profondes. Le « social-libéralisme » véhiculée par le projet de loi va susciter une épidémie de vocation. La gauche « non gouvernementale » dispose d’un tremplin pour lancer des candidatures en 2017. Cécile Duflot et Christiane Taubira peuvent désormais revendiquer les oripeaux de la vraie gauche. Ce schisme n’est pas forcément une maladresse. Il peut parfaitement être programmé.

La réforme du code du travail ressemble fortement à un marqueur

Il ne faut pas exagérer le sens stratégique de François Hollande et de Manuel Valls. Mais la réforme du code du travail ressemble fortement à un marqueur. Le marqueur d’une « nouvelle gauche » incarnée par la ligne « Valls-Macron ». Les deux hommes se taclent régulièrement. Mais cette hostilité traduit justement une rivalité. Dans les rangs du PS, une rumeur insistante monte en puissance. François Hollande a conditionné une nouvelle candidature élyséenne à la baisse du chômage. Une refonte du droit du travail est une tentative pour enfin inverser la courbe.

Mais, en cas d’échec de la « potion magique », la ligne « réformiste » peut mettre en orbite une candidature Valls. Le Premier ministre répète en boucle que son projet de loi trace une frontière entre les « modernes » et les « archaïques », entre une gauche « moderniste » et celle des « gauchistes » passéistes. Après la déchéance de nationalité, le code du travail permet de faire bouger les lignes et de dépasser les clivages idéologiques traditionnels. Ces transgressions à répétition pourraient bien correspondre à une préparation de terrain. Verdict dans les prochains jours.

Laurent Dubois

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