Cinéma [Blog ciné] 1:54 : réseaux mortels !

Quel bonheur que de prendre la plume pour écrire sur un film qui vous a scotché sur votre fauteuil. C'est bien du premier long de Yan England dont je parle ici : 1 : 54.

Publié le : 14/03/2017 à 21:10
Tim (Antoine Olivier Pilon) face à une arme de destruction massive.
Tim (Antoine Olivier Pilon) face à une arme de destruction massive. -

Nom du film : 1:54. Ce titre doit se lire « une minute cinquante-quatre secondes ». C’est en fait le temps qualificatif pour une compétition de 800 mètres. Avant d’en arriver là, le réalisateur nous immerge au cœur d’une micro société comme il en existe des milliers dans le monde : un lycée.

Bataille d’ados

Dans cet univers qui n’a rien à voir avec celui des bisounours, les ados tentent tant bien que mal de passer à l’âge adulte. Nous nous attachons rapidement aux pas de Tim. Un seul plan suffit pour nous faire comprendre qu’il n’est pas intégré à cet organisme vivant.

Avec son unique copain, Francis, Il fait des expériences de chimie qui n’intéressent personne. Deux exclusface à des personnalités bourrées de testostérone, dont Jeff, grande gueule certes, mais néanmoins leader charismatique du lycée. Il a pris Tim et Francis comme têtes de Turc pour faire briller son aura. Quand les coups ne suffisent pas, ce sont les réseaux sociaux qui prennent le relais.

Entre Jeff et Tim, la lutte va se translater sur le terrain sportif. Les deux garçons vont s’affronter sur une compétition régionale qualificative pour des championnats nationaux, et tous les deux dans la même discipline : le 800 mètres. Simple combat de coqs et d’égos ? Oui et… non. Et, à vrai dire, on en est loin. Il faut ajouter un constat sociétal et une plongée en apnée dans la psyché adolescente, le ravage des nouveaux outils de communication, l’aveuglement du corps enseignant…

Voir la bande-annonce :

Film magistral, comédien surdoué

Est-ce tout ? Non, l’essentiel est encore ailleurs. Mais cet essentiel, il est convenu de vous laisser le découvrir, la gorge tétanisée, les yeux inondés, le cœur en lambeaux et l’âme brisée. Cette histoire banale de joutes adolescentes n’a de banale que le qualificatif.

Emporté par une caméra virtuose, ce film magistral, et c’est un premier long (!), repose en partie sur les épaules d’un autre surdoué du cinéma, le jeune comédien québécois Antoine Olivier Pilon, découvert il y a peu dans le film de Xavier Dolan : Mommy. Du haut de ses 19 ans, il laisse à des années-lumière les plus grandes stars hollywoodiennes par la profondeur de son jeu, de ses incarnations. Il est stupéfiant !

La distribution réunie dans ce film est superlative d’acuité de ton, au point que, tourné dans un lycée au milieu de véritables lycéens, au bout de quelque temps, il y avait confusion entre étudiants et comédiens. Il y a des films que l’on oublie sitôt sorti de leur projection. Celui-ci n’a pas fini de vous hanter. À voir toutes affaires cessantes !

1 : 54
Réalisation : Yan England.
Avec : Antoine Olivier Pilon, Sophie Nélisse, Lou-Pascal Tremblay, etc..
Genre : drame.
Durée : 1 h 46

Robert Pénavayre

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