Faits-divers Bébé mort dans un foyer, près de Toulouse : cinq ans après, sa mère réclame la vérité

En 2012, Joyce, trois mois, est retrouvée morte dans le Centre départemental de l'enfance et de la famille (CDEF) de Launaguet. Cinq ans après, sa maman veut la vérité. Témoignage.

Publié le : 20/04/2017 à 08:09
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Séverine n'a toujours aucune explication sur la mort de son bébé de trois mois au CDEF de Launaguet, près de Toulouse, survenue le 1er février 2012 (Photo : Côté Toulouse/A. A.)

Perdre son enfant est une épreuve terrible. Mais perdre son enfant dans des conditions inexpliquées est encore plus insoutenable. C’est l’épreuve que traverse Séverine N’Guizani, une mère de famille trentenaire d’origine congolaise vivant à Toulouse. Rappel des faits.

Demandeur d’asile politique depuis son arrivée en France en 2010, la mère de famille est orientée, en novembre 2015, vers le centre maternel du Centre départemental de l’enfance et de la famille (CDEF) de Launaguet (Haute-Garonne) – structure co-gérée par le Conseil départemental et l’État, et financée à 100% par le Conseil départemental de Haute-Garonne, qui a fêté ses 30 ans en 2016 et fait de l’accueil d’urgence des mineurs isolés, des femmes enceintes et des mères isolées avec enfants de moins de 3 ans -.

« Je ne crois pas à la mort subite du nourrisson »

Le 1er février 2012, Séverine N’Guizani donne le biberon à Joyce, son bébé de trois mois, avant de la laisser à la crèche pour la sieste de l’après-midi. Quand elle revient la chercher en fin de journée, tout paraissait normal. Sauf que…

J’ai demandé au personnel de la récupérer, mais ils m’ont dit qu’elle dormait encore. J’ai insisté et quand je suis entrée dans la chambre, ma fille était morte, se souvient-elle.

Les images de sa fille, « allongée sur le ventre, avec du sang et du lait mélangés sur elle », restent vivaces et traumatisantes. « J’ai crié et je me suis évanouie. Tout a été fait pour la ranimer, mais c’était trop tard », se souvient-elle. « En tout cas, je ne crois pas une seconde à une mort subite du nourrisson. C’est une négligence ».

Le CDEF de Haute-Garonne accueille notamment, comme cela a été le cas avec cette mère de famille congolaise, des mères isolées avec enfants de moins de 3 ans (Photo : Florian Martinez)
Le CDEF de Haute-Garonne accueille notamment, comme cela a été le cas avec cette mère de famille congolaise, des mères isolées avec enfants de moins de 3 ans (Photo : Florian Martinez)

Cinq ans après, Séverine a fondé sa famille avec deux enfants, qui vont à l’école, loge dans un appartement de Croix-Daurade, à Toulouse. Mais les plaies de ce 1er février 2012 sont toujours ouvertes. Que s’est-il réellement passé ce jour-là ? Pour se reconstruire, elle veut savoir. « Je ne pourrai pas passer vraiment à autre chose si je n’ai pas de réponse. Je suis bloquée ».

Blocage psychologique… et administratif

Un blocage psychologique – la mère de famille consulte encore des psychologues suite à cette histoire -, mais aussi administratif. Séverine doit en effet renouveler son titre de séjour tous les six mois mais, parallèlement, touche le RSA (Revenu de solidarité active) et n’a pas le droit de travailler tant que l’instruction du dossier est en cours.

Le cas de Mme N’Guizani n’est pas courant, explique son avocate toulousaine, Me Audrey Dince. Elle a laissé son enfant dans les mains de professionnels qui ont enchaîné les erreurs. Nous sommes déterminés à chercher les causes et à aller jusqu’au bout. Car elle est bloquée, alors qu’elle a une formation de coiffeuse et qu’elle travaillait en tant qu’esthéticienne au Congo. Elle a un vrai talent dans ce domaine.

Sur le plan judiciaire, une plainte avec avis de constitution de partie civile a été déposée en 2013 devant le juge d’instruction. Une instruction toujours en cours, mais sans plus de précisions malgré nos différentes sollicitations auprès du parquet de Toulouse. De son côté, le Conseil départemental de Haute-Garonne précise qu’il n’est pas « partie prenante dans l’instruction ». En revanche, Séverine N’Guizani est suivie par le foyer Du May, un centre parental travaillant pour le compte du Conseil départemental.

Dans son combat, Séverine a le soutien de la communauté congolaise de Toulouse. Malgré un sourire de façade et une nouvelle vie de famille, Séverine est à bout. Récemment, elle a renouvelé pour 15 ans la concession funéraire de son bébé, qui repose au cimetière de Cornebarrieu. « Cela fait cinq ans que je suis dans l’attente. Et je ne pense qu’à ça ».

Photo de Anthony Assemat

Anthony Assemat

Journaliste, chef d'édition à Côté Toulouse
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