Politique [Analyse] Présidentielle : à gauche comme à droite, la primaire est un cadeau empoisonné

Cette semaine, notre chroniqueur politique dresse un constat implacable : les deux favoris pour l'Elysée, Marine le Pen et Emmanuel Macron, ne sont pas passés par la case primaire.

Publié le : 08/03/2017 à 20:30
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La primaire, outil démocratique par excellence, est en train de se retourner contre le PS et Les Républicains (Photo d'illustration : DR)

Le « parapluie bulgare » a connu son heure de gloire grâce à Pierre Richard. Dans un film de Gérard Oury, les Français découvrent une spécialité des services secrets soviétiques. Un innocent objet pour se parer de la pluie permet de dissimuler une aiguille empoisonnée.

La présidentielle de 2017 braque de nouveau les projecteurs sur cette invention mortelle. Le « parapluie bulgare », est une métaphore (parfaite) de la primaire. Le PS et Les Républicains pensaient se protéger des intempéries. Les deux partis se retrouvent au cœur d’une tempête qui menace de les balayer. L’organisation d’une primaire était censée offrir une planche de salut. Le PS ne disposait pas de candidat naturel.

De tremplin à cercueil

La droite cherchait un champion. Mais, au final, le tremplin prend la forme d’un cercueil. La droite et la gauche ne profitent pas d’une dynamique politique. Au contraire, les deux organisateurs d’une primaire sont tirés vers le bas. Le PS et Les Républicains sont éliminés, dans les sondages, dès le premier tour de la présidentielle. Les favoris sont deux candidats(e)s qui ont refusé de passer la case primaire.

Le « parapluie » de la primaire ressemble furieusement à un parachute qui se met en torche. Au PS, elle n’a strictement rien réglé. Le parti socialiste a un candidat. Mais la candidature de Benoît Hamon est contestée en interne et menacée par la présence d’Emmanuel Macron. Une vraie primaire, réussie et porteuse, ne permet pas seulement de délivrer un dossard. Elle a une utilité : dégager une ligne politique et fédérer des énergies. Or, on est très loin du compte.

Divorce consommé au PS

La primaire joue le rôle d’un accélérateur de particules. La gauche du PS et l’aile droite du parti s’entrechoquent. Les propositions de Benoît Hamon heurtent les tenants d’un social-libéralisme assumé. Les négociations entre Benoît Hamon et l’écologiste Yannick Jadot ou la main tendue à Jean-Luc Mélenchon hérissent les proches de Manuel Valls. La campagne de la présidentielle accentue et approfondit un divorce consommé.

La primaire de 2017 n’était pas un congrès. Elle n’a pas permis de synthèse et, surtout, elle visait un seul but : adouber un vainqueur et éliminer les vaincus. La primaire est un procédé de sélection, pas un instrument de conciliation et de clarification idéologique.

Le PS ne pouvait pas faire autrement. Le désistement de François Hollande a créé un vide qu’il fallait combler. Il fallait trouver une porte de sortie face à l’absence de sortant. Mais le résultat est juste calamiteux.

Les coups de godilles de Fillon

À droite, le bilan n’est pas plus reluisant. François Fillon a réussi brillamment l’exercice de la primaire. Un vrai programme et un joli score. Mais, à peine élu par le peuple de droite, le député de Paris a dû édulcorer son discours.

Les déboires judiciaires de François Fillon ont conduit le candidat de la droite à se « droitiser ». Appel au peuple. Attaque contre les élites médiatiques. Mais cette séquence n’efface pas les coups de godilles pour passer du statut de vainqueur de la primaire à celui de candidat à la présidentielle. La suppression de 500 000 fonctionnaires est « relookée » et rabotée. Le non remboursement des petites maladies est carrément « trappé ».

La droite prise en otage

À ce tableau peu reluisant s’ajoute le Pénélope Gate. Le feu (et fameux) plan B avec Alain Juppé se heurtait à… la primaire. La droite a été privée de solution de secours. Peu importe la pertinence du choix, il ne pouvait pas exister d’alternative. Comment lancer un nouveau candidat alors que le précédent a été élu par des millions d’électeurs ? Même avec ou sans l’accord de François Fillon, la primaire a pris en otage la droite française.

À droite comme à gauche, la primaire est un sacré cadeau empoisonné.

Laurent Dubois

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