Politique [Analyse] Pourquoi François Fillon n'a pas encore perdu l'élection présidentielle

Et si François Fillon s'était remis en course pour la présidentielle ? Selon notre chroniqueur politique, le candidat de la droite et du centre n'est pas encore condamné.

Publié le : 09/02/2017 à 20:08
Fillon, Les Républicains, politique, présidentielle
François Fillon peut-il encore prétendre accéder au deuxième tour ? (Photo : Le Ploermelais)

L’ascenseur vers l’échafaud est stoppé. Pendant une quinzaine de jours, François Fillon a semblé condamné. Sa tête tenait à un fil suite à une série de révélations de plus en plus tranchantes et embarrassantes. L’image du présidentiable est définitivement entaillée par le « Pénélope Gate ».

> LIRE AUSSI : À Toulouse, les soutiens de François Fillon sont (encore) derrière lui

La droite prisonnière du calendrier

Mais le député de Paris évite le pire : une « décapitation » de sa candidature présidentielle. François Fillon reste en piste et en selle. Chaque jour qui passe éloigne encore plus le couperet. Moins de 80 jours avant le premier tour, un remplacement est impensable. Depuis le début du tourbillon, un débarquement-remplacement de François Fillon était improbable. Il devient impossible. François Fillon a compris que son salut viendrait du calendrier. Il lui suffisait de durer et d’endurer. La droite est prisonnière du calendrier. François Fillon a su exploiter cette situation.

Sa contre-offensive politico-mediatique du 6 février, avec une conférence de presse face à 200 journalistes, se résumait à un leitmotiv : je m’excuse mais le candidat de la droite, c’est moi et personne d’autre.

Le « Lazare » de Sablé-sur-Sarthe doit sa résurrection à une « prise d’otage ». La droite est contrainte et forcée de suivre et de poursuivre.

Ce scénario est loin d’être un scénario catastrophe. Un limogeage sans plan B solide aurait transformé la Bérézina en Waterloo. Mais une question reste en suspens. Le maintien de François Fillon est-il un véritable sursaut ou un simple sursis ? La droite peut-elle encore gagner ? Les pronostics sont toujours hasardeux.

Socle électoral

Mais une chose est certaine. François Fillon n’a pas encore perdu. Les sondages continuent à le placer derrière Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Les ravages dans l’opinion sont irréversibles. Le timing serré a sauvé François Fillon. Mais il interdit également une certaine « amnistie » sous forme d’amnésie. Malgré tous ces boulets aux pieds, le candidat de la droite peut franchir la barre du premier tour. François Fillon dispose d’un socle électoral. Les électeurs de droite aspirent à une alternance. Cette aspiration est forte et elle profite à François Fillon.

Pour le peuple de droite, l’Élysée et le rejet de la gauche valent bien une absolution. La grande inconnue est de savoir si ce tremplin va permettre à François Fillon de franchir le cap des 20 % à l’issue du premier tour. Si c’est le cas, le candidat de la droite risque de se retrouver face à Marine Le Pen. Ce duel peut assurer son élection. Entre la peste FN et le choléra Fillon, le centre et la gauche préféreront, par réflexe républicain, le moindre mal, c’est-à-dire candidat de la droite.

En réalité, François Fillon a juste besoin de l’appui de son camp. Il n’a pas besoin d’être majoritaire dans le pays. Marine Le Pen fera le reste. Ce schéma reste de la politique-fiction. Mais il est plausible et même possible. Une victoire de François Fillon serait véritablement problématique. Évidemment, le verdict des urnes s’impose. Une élection démocratique est, par définition, incontestable.

L’hypothèse Fillon… avant l’hypothèque ?

Néanmoins, le président Fillon serait lourdement handicapé par deux « tares » : une qualification par dépit au premier tour et une élection par défaut au second. Ce double affaiblissement serait insurmontable. Avant même d’être élu, François Fillon serait frappé d’illégitimité. Le couronne de lauriers serait une double couronne d’épines. Dans ces conditions, toute réforme serait impossible. Une nouvelle fois, la France serait dans une impasse politique. L’hypothèse d’une présidence Fillon plane comme une hypothèque. Ce n’est pas un jugement. Mais un constat. L’hypothèse va-t-elle rester virtuelle ? Réponse le 23 avril 2017.

Laurent Dubois

Captcha en cours de génération.....Version audio
Changer l'image