Invités [Analyse] Macron, Fillon and co... La publication des patrimoines est un bien salutaire !

Affaire Fillon, déballage de Macron... La présidentielle est placée sous le signe de la transparence de la vie politique. Un voyeurisme nécessaire pour notre chroniqueur politique.

Publié le : 15/02/2017 à 18:58
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Les principaux candidats à la présidentielle sont soumis au feu de la transparence (Photos : Archives Côté Toulouse et DR)

La présidentielle de 2017 ne ressemble à aucune autre. Cette évidence crève les yeux s’agissant de l’incroyable affaire Fillon et de l’ovni Emmanuel Macron.

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Mais une nouveauté mérite également un coup de projecteur. Pour la première fois, les patrimoines de tous les candidats vont être rendus publics. La Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP) va mettre en ligne les déclarations de François Fillon, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Benoît Hamon. Dans le passé, seul le patrimoine du vainqueur était publié. Ce renforcement de la transparence peut agacer certains esprits chagrins. Les politiques enfourchent facilement le « serpent de mer » du voyeurisme. Nos chers élus versent facilement dans la défensive.

Intrusif sur le fond

Sur le fond, c’est certain que la publication des patrimoines est intrusive. Cela permet de connaître les revers de fortune ou la prospérité matérielle d’une personnalité publique. Mais ce n’est pas tout. La publication des biens et des revenus va bien au-delà d’une simple comptabilité. L’inventaire patrimonial révèle également la situation matrimoniale. Le versement de pensions alimentaires ou la communauté de biens renvoie à des mariages ou des séparations. Le fait de posséder une voiture de collection ou un tableau de maître traduit les goûts artistiques et le style de vie des présidentiables.

La transparence, gage d’autorité et de légitimité

Il faut être honnête. La publication des patrimoines relève d’un certain « voyeurisme ». Mais c’est un « voyeurisme » salutaire et même nécessaire. L’adage est vieux comme la politique : « La femme de César doit être irréprochable ». On peut ajouter : les candidats à la magistrature suprême ne doivent rien cacher. Cette transparence est un gage d’autorité et de légitimité. Le divorce entre les électeurs et les responsables est aussi ancien que les élections.

Mais, dans la France du XXIe siècle, le divorce vire au « lynchage » permanent. 40 % des Français sont prêts à voter pour un Mélenchon ou une Marine Le Pen. Le leader du Front de Gauche assied son fonds de commerce sur le « dégagisme ».

De son côté, la fille de Jean-Marie Le Pen se présente comme une « anti-système » au relent de « tous pourris ». Dans ce contexte, la connaissance des collections de montres de François Fillon ou les placements boursiers d’un Macron est de salubrité publique. Le premier bénéfice est de mettre Jean-Mélenchon et Marine Le Pen face à leur propre patrimoine. Les donneurs de leçons et les professeurs de vertu vont devoir afficher leurs avoirs.

Les candidats doivent assumer leur choix !

Mais, d’une manière générale, la transparence est absolument défendable. Le « métier » politique est le seul métier au monde qui est (pleinement) choisi. On n’est pas candidat à la présidentielle par hasard. Les médecins ne choisissent pas forcément leur spécialité. C’est le classement du concours qui conduit vers la dermatologie ou la cardiologie. François Fillon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et les autres membre du « pelotons » élyséen doivent assumer leur choix. Leurs avocats peuvent toujours invoquer l’injustice de la situation pour les conjoints ou les membres de la famille. Mais, là encore, un principe de responsabilité s’impose. Les présidentiables peuvent trouver intolérable de voir étaler les revenus et les biens de leur famille.

Mais, si c’est insupportable, il reste une solution : ne pas se présenter à l’élection présidentielle. Les familles de policiers ou d’infirmiers subissent des « dommages collatéraux ». Indisponibilité. Horaires difficiles. Mais un policier ou un infirmier doit exercer son métier. C’est une question de survie économique.

François Fillon peut parfaitement se « contenter » de son mandat parlementaire ou de son cabinet de consulting. Emmnanuel Macron peut renouer avec son « job » de banquier et Marine Le Pen dispose d’un mandat de député européen. De plus, les femmes et enfants de policiers ou d’infirmiers ne disposent pas d’une contrepartie immatérielle mais réelle : la notoriété et le prestige social.

Dans la vie, tout a un prix. Rien n’est gratuit. Pour un candidat à l’élection présidentielle, la transparence, ce n’est pas cher payé.

Laurent Dubois

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