Politique [Analyse] Affaire des costumes : François Fillon taille un « costard » aux principes démocratiques

Mis en examen à la suite du Penelope Gate, le candidat François Fillon avait encore défrayé la chronique pour une histoire de costumes. Ce qu'en pense notre chroniqueur politique.

Publié le : 16/03/2017 à 20:02
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A un mois et demi du premier tour de l'élection présidentielle, François Fillon est toujours plus dans la tourmente (Photo : Publihebdos)

La campagne présidentielle baigne dans une eau de caniveau. Les insinuations graveleuses et les insultes se desservent à flux continu. François Fillon, Emmanuel Macron, Benoît Hamon… aucun candidat n’est épargné. Même si François Fillon, Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont particulièrement visés.

Ce déferlement de hargne et souvent de haine n’est pas nouveau. Sous la IIIe République, les attaques personnelles étaient virulentes. Le XXIe siècle et la présidentielle de 2017 n’ont pas inventé les débordements.

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Des ordalies aux réseaux sociaux…

Condorcet rêvait d’une humanité rationnelle, raisonnable et réfléchie. Cette belle utopie est chaque jour démentie par des milliers de commentaires (violents) sur Facebook. Mais, avant l’invention des réseaux sociaux, le vieux démon de l’intolérance et de la malveillance sévissait sur les rotatives des imprimeurs. Évidemment, l’existence de précédents ne justifie rien. Au Moyen-Âge, la justice passait par des ordalies. Les suspects qui survivaient à l’épreuve du feu ou de l’eau étaient innocentés. Mais ce n’est pas une raison pour réintroduire ces procédés barbares.

Néanmoins, il faut (sans justifier) relativiser. La violence politique est aussi vieille que la République. Une autre relativisation est nécessaire. François Fillon est objectivement devenu une tête de turque médiatique. Un certain acharnement existe. Sur Facebook, le candidat de la droite est littéralement lynché.

Ne pas jeter de vraies questions avec le jus des poubelles

Mais attention : il ne faut pas jeter de vraies questions avec le jus des poubelles. L’affaire des costumes de François Fillon rappelle ce principe. À première vue, une intrusion dans une garde-robe est intolérable. Mettre son nez dans les pantalons et les vestes d’un homme politique semble injustifiable. C’est une escalade dans le voyeurisme. Après les costards, ce sera au tour, demain, des chaussettes et des caleçons.

Le financement des costumes, un sujet politique

Les costumes de François Fillon n’ont pas leur place dans le débat public. Cette position, faussement raisonnable, n’est pas tenable. Le financement des costumes de François Fillon est un sujet politique. L’ancien Premier ministre a parfaitement le droit de préférer les coupes droites aux vestes cintrées, le sur-mesure au prêt-à-porter.

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Mais le fait de recevoir des cadeaux pour un montant de plusieurs dizaines de milliers d’euros est un sujet public. François Fillon est un parlementaire. À ce titre, il est soumis à des règles. Tous les cadeaux supérieurs à 150 euros doivent faire l’objet d’une déclaration auprès des services de l’Assemblée. Cette formalité permet de garantir l’indépendance des législateurs. Offrir un cadeau, peut permettre d’acheter un vote ou de monnayer une influence.

Sur une autre planète ?

C’est évident. Sauf pour François Fillon. Le député de Paris refuse de rendre des comptes. Le député de Paris trouve normal qu’un ami paye 13 000 euros pour lui offrir deux costumes. Cette réaction est totalement hallucinante. Au pays des coupeurs de têtes, il est normal de décapiter son voisin ou son cousin. Mais dans une contrée civilisée, c’est juste délirant. François Fillon semble vivre sur une autre planète. Se faire offrir des vêtements par un ami est, en soi, peu banal. Mais un député doit par principe refuser une telle générosité. C’est une question d’indépendance et de respect de sa fonction.

C’est aussi une question de respect des règles. François Fillon devait déclarer les cadeaux reçus. Il ne l’a pas fait. Ses soutiens prétendent que c’est accessoire. Le projet du candidat, le seul capable de sauver la France, est la seule chose qui compte. Cette défense oublie un « détail ». Mais c’est un détail qui tue : comment présider un pays démocratique si on taille un « costard » aux principes démocratiques ?

Laurent Dubois

Penelope Gate : François Fillon mis en examen, mardi 14 mars

Comme c’était attendu, l’ancien Premier ministre François Fillon, candidat de la droite et du centre à l’élection présidentielle, a été mis en examen pour « détournement de fonds publics, complicité et recel d’abus de biens sociaux et manquements aux obligations de déclaration à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique » suite aux révélations d’emplois présumés fictifs de son épouse Pénélope Fillon.

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